Future Tv, symbole de la nouvelle donne à Beyrouth

LIBAN La chaîne proche du gouvernement a cessé d'émettre...

Envoyée spéciale au Liban, Armelle Le Goff

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Manifestation des journalistes libanais contre la fermeture des médias instituutionnels par le Hezbollah, le 10 mai 2008, à Beyrouth.
Manifestation des journalistes libanais contre la fermeture des médias instituutionnels par le Hezbollah, le 10 mai 2008, à Beyrouth. — REUTERS/Mohamed Azakir

Ambiance tendue devant le siège de Future Tv, fleuron télévisé de l'empire médiatique de Rafic Hariri, l'ancien Premier ministre assassiné en février 2005. Obligé vendredi matin, sous la menace des partisans du Hezbollah et de Amal, de cesser d'émettre, ainsi que tous les autres titres du groupe, son personnel, des journalistes et des militants démocrates ont décidé de se réunir en signe de protestation.

Le symbole était trop fort. En obligeant des organes de presse, certes ouvertement favorables au pilier de la majorité, le Courant du Futur de Saad Hariri, à se plier à leurs exigences, les nervis des deux partis chiites, qui, en l'espace d'une journée et d'une nuit, ont réussi à s'emparer de l'ouest de Beyrouth, ont montré leur volonté d'imposer leur loi.

Les visages sont graves. Et les manifestants peu bavards. La violence de ces derniers jours semble avoir laissé tout le monde KO. L'armée quadrille à nouveau l'ouest de la capitale. Mais avec quelle marge de manoeuvre? Ses 50.000 soldats ont jusqu'à présent fait preuve d'une neutralité inquiétante: ces derniers jours, les télévisions libanaises n'ont cessé de montrer les images de militaires passifs à proximité de miliciens faisant usage de leurs armes.

Aux dires d'une présentatrice de Future Tv, présente sur les lieux de la manifestation, les soldats auraient signifié aux responsables de la chaîne qui souhaitaient de nouveau émettre que les miliciens n'étaient pas d'accord. «Le fait qu'on ne les voit plus ne signifie pas que les combattants ne sont plus là», précise Nigol Bezjian. Pour cet ancien cadre de la chaîne, aujourd'hui producteur, «tous les médias se retrouvent sous pression. Le risque, c'est que pour se protéger, ils jouent tous la surenchère en défendant leurs propres positions».

Au Liban, la plupart des médias étant affiliés de près ou de loin aux partis qui composent la scène politique libanaise, le contrôle de l'information constitue un enjeu majeur. Sans Future Tv, la majorité se retrouve donc amputée d'un de ses principaux canaux de diffusion. Il n'en reste pas moins que le silence radio de la chaîne, outil politique autant que symbole démocratique, est lourd de significations.