Cinq personnes ont été tuées samedi lors de violents combats armés entre des partisans de la majorité et de l'opposition dans une ville du nord du Liban, a déclaré à l'AFP un responsable des services de sécurité.
Cinq personnes ont été tuées samedi lors de violents combats armés entre des partisans de la majorité et de l'opposition dans une ville du nord du Liban, a déclaré à l'AFP un responsable des services de sécurité. — Joseph Barrak AFP

DECRYPTAGE

Pour comprendre la crise à Beyrouth

Les enjeux du conflit au Liban en cinq questions...

Des affrontements entre Hezbollah et militaires durent depuis mercredi. Beyrouth est désormais coupé en deux alors que 24 personnes ont déjà péri. L'armée semble prendre la main sur le conflit entre Hezbollah et gouvernement. Décryptage de la situation.

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Quelle est la situation ?
La journée de grève générale organisé mercredi par le Hezbollah s’est transformée en prise de contrôle, par les armes, de l’ouest et du sud de la capitale libanaise. Le parti de Dieu bloque une grande partie du pays, et surtout l’accès à l’aéroport et à la plaine de la Bekaa, avec tout ce que cela comprend (arrêt du transport aérien, acheminement difficile des denrées alimentaires vers la capitale…).

Que veut le Hezbollah ?
Officiellement, Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a déclaré que son parti « ne fait pas de coup d’Etat au Liban ». Le parti de Dieu réclame le retrait des deux décisions prises par le gouvernement mardi : l’enquête sur son réseau téléphonique parallèle et le limogeage du responsable de la sécurité de l’aéroport international, un proche du Hezbollah. Politiquement, le Hezbollah est appuyé par le général Michel Aoun. Mais ce tandem ne peut pas gouverner seul.

Est-ce une guerre civile ?
Cela peut en prendre le chemin. Les miliciens chiites du Hezbollah et du Mouvement Amal de Nabih Berri (le président du Parlement) ont coupé Beyrouth en deux, comme aux plus belles heures de la guerre dite «civile» de 1975-1990. En quatre jours, les symboles de la puissance sunnite ont tous été visés: la résidence de Saad Hariri (le chef de file de la majorité) a été attaquée à la roquette, les bâtiments de la télévision Future et du quotidien Al-Mustaqbal (propriété des Hariri) ont été brûlés. Pour l’instant, les combats n’ont eu lieu que dans des zones mixtes sunnites-chiites (à Beyrouth mais aussi dans le nord du pays et dans la plaine de la Bekaa), mais commencent à se déplacer vers le Chouf, la montagne dominée par des druzes (l’une des composantes de la majorité). Les zones chrétiennes restent jusqu’à présent à l’écart des combats. Si toutes ces zones et composantes religieuses, très distinctes, basculent dans un conflit armé, le Liban sera «officiellement» en guerre civile.

Que fait la majorité parlementaire?
Pour l’instant, elle fait le dos rond. En réalité, elle n’a pas beaucoup d’atouts entre les mains, et les déclarations de soutien venues de Washington et d’autres capitales étrangères restent théoriques. Cette majorité réunit une grande partie des sunnites libanais (la cible prioritaire des miliciens de l’opposition), une partie des chrétiens et une partie des druzes. Si cette coalition formée au lendemain du retrait syrien de 2005 tient encore politiquement, la population chrétienne ne semble pas solidaire de son alliée sunnite. A Beyrouth-Est en effet, la vie continue comme si de rien n’était. Lors sa première allocution, samedi après-midi, le Premier ministre Fouad Siniora s’est voulu fédérateur, appelant le Hezbollah au dialogue et réitérant que le seul ennemi du gouvernement libanais reste Israël.

Quelle est la position de l’armée?
Samedi après-midi, l’armée libanaise – dont la cohésion interne est très fragile – a révoqué les décisions du gouvernement contre le Hezbollah, et appelé les miliciens à libérer les rues. Son chef, le général Michel Sleimane, était en bonne position pour devenir président de la République, alors que le pays est sans chef d’Etat depuis le 24 novembre.

Depuis mercredi, l’armée s’était contentée de ceinturer les zones prises par les miliciens, et de protéger les bâtiments officiels. L’avenir de Sleimane, à la fois à la tête de l’armée et à la présidence, est en train de se jouer.



Quels sont les pays étrangers impliqués dans la crise?
Depuis dix-huit mois, l’Iran et l’Arabie saoudite s’affrontent par camps politiques interposés : l’Iran par le biais du Hezbollah et de Amal, l’Arabie à travers le Courant du Futur de Hariri. Depuis mardi, cette confrontation idéologico-religieuse a laissé la place aux armes. Aujourd’hui, certains ténors de la majorité considèrent qu’il s’agit «d’un coup d’Etat milicien, l’Iran rééditant le coup de Gaza par l’intermédiaire du Hamas». Les pays arabes (à dominante sunnite) ont aussi accusé l’Iran ce vendredi de tirer les ficelles de la crise. Idem pour Israël. Tandis que Téhéran considère, tout comme le Hezbollah, que le pouvoir en place à Beyrouth n’est pas légitime, ne constituant qu’une marionnette aux mains des Etats-Unis et de Tel-Aviv.

Que fait la France sur place?
Plusieurs pays étrangers ont évoqué la possibilité d’évacuer leurs ressortissants, comme l’Italie, la Norvège ou le Koweït. Dès mercredi, l’ambassade de France a conseillé à ses ressortissants de ne pas circuler dans Beyrouth, puis, jeudi, en dehors de la capitale. Pour les vacanciers de passage, l’ambassade tente d’apporter des réponses au cas par cas, mais les points de sortie du territoire par la route sont impraticables (par le nord comme par la Syrie). Aucune évacuation de masse, comme en juillet 2006 lors de la guerre entre le Hezbollah et Israël, n’est prévue pour les Français. Par ailleurs, à Beyrouth, les écoles comme le Grand-Lycée franco-libanais sont fermées «jusqu’à nouvel ordre».