Tunisie: Souad Abderrahim devient la première femme maire de Tunis

MONDE Souad Abderrahim, tête de liste du parti islamiste Ennahdha lors des récentes municipales, a été élue ce mardi maire de Tunis…

20 Minutes avec AFP

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Souad Abderrahim, tête de liste du parti islamiste Ennahdha lors des récentes municipales, a été élue mardi 3 juillet 2018 maire de Tunis, une première pour une femme.
Souad Abderrahim, tête de liste du parti islamiste Ennahdha lors des récentes municipales, a été élue mardi 3 juillet 2018 maire de Tunis, une première pour une femme. — FETHI BELAID / AFP

Tunis vient d’élire sa première femme « cheikh de la médina ». Souad Abderrahim, membre du bureau politique du parti islamiste Ennahdha mais qui se définit comme indépendante, a été élue ce mardi maire de la capitale tunisienne par les nouveaux conseillers municipaux.

La candidate l’a emporté avec 26 voix contre 22 pour son principal adversaire, Kamel Idir ; un ancien responsable local sous le régime de Zine el Abidine Ben Ali, était la tête de liste du parti Nidaa Tounès, fondé par l’actuel président Béji Caïd Essebsi.

Compagne de longue route d’Ennahdha

La nouvelle maire a été élue lors d’un deuxième tour boycotté par certains élus de gauche et du centre, se refusant de voter pour l’un ou l’autre des deux partis hégémoniques, Ennahdha et Nidaa.

Appréciée de la base d’Ennahdha, Souad Abderrahim est une compagne de route de longue date du parti, mais le mouvement a été accusé durant la campagne de l’utiliser afin de moderniser son image. Militante durant ses années universitaires, elle avait siégé au sein du bloc Ennahdha à l’Assemblée Constituante de 2011 à 2014, où elle s’était taillé une réputation de moralisatrice, avant de disparaître quasiment du paysage politique, jusqu’aux municipales.

La nouvelle maire de Tunis rejette l’étiquette « d’islamiste », à l’image du parti lui-même, qui reste soucieux de ne pas braquer ses opposants et s'est transformé mi-2016 en parti «civil à référent islamique», actant une séparation entre politique et religieux. Il se définit désormais comme « musulman démocrate ».

Amélioration esthétique et gestion de déchets

« Le premier dossier, ça sera l’amélioration de l’esthétique de Tunis », a déclaré Souad Abderrahim. La capitale tunisienne est notamment confrontée à un problème de gestion des déchets, qui s’est aggravé après 2011.

Ces élections marquent en outre le début de la décentralisation, un projet crucial dans un pays où les municipalités étaient jusque-là peu autonomes, dépendantes d’une administration centrale souvent clientéliste.

Depuis la révolution ayant chassé Ben Ali en 2011, elles étaient administrées par des délégations spéciales, à la gestion souvent défaillante.

Souad Abderrahim, qui devra quitter son entreprise en vertu de la loi, devient la première « cheikh de la médina », le titre masculin traditionnel donné au maire de la capitale car il occupe une fonction particulière lors de certaines fêtes religieuses.

Jusqu’à 52 femmes élues maires ?

Comme elle, de nombreuses femmes viennent d’accéder au pouvoir local à la faveur d’une loi très stricte sur la parité. Selon l’Instance indépendante électorale (Isie), 47 % des élus sont des femmes, dont 573 sont têtes de listes (29,5 % du total).

Les conseils municipaux sont encore en train de se constituer, mais la proportion du nombre de femmes maires en Tunisie pourrait être relativement élevée, ont souligné des observateurs. Le journal arabophone Al-Maghreb faisait état mardi matin de 52 femmes élues maires sur un total de 269 communes où l’élection a déjà eu lieu.

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