Le Hezbollah assomme Beyrouth-Ouest

LIBAN Reportage de notre correpondant...

A Beyrouth, David Hury

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Tirs de joie et défilés de victoire, les combattants de l'opposition menée par le puissant Hezbollah paradaient vendredi, à moto ou entassés dans des jeeps, dans les quartiers déserts de l'ouest de Beyrouth.
Tirs de joie et défilés de victoire, les combattants de l'opposition menée par le puissant Hezbollah paradaient vendredi, à moto ou entassés dans des jeeps, dans les quartiers déserts de l'ouest de Beyrouth. — AFP

Les combats de rue ont cessé ce vendredi soir dans la partie ouest de la capitale libanaise. Les miliciens fidèles à l’opposition parlementaire libanaise tiennent leurs positions. Pour les jeunes en armes, cette occupation géographique est une vraie victoire.

Dans le quartier de Mar Elias, de petits groupes gardent chaque carrefour. A l’un d’entre eux, Walid filtre et guide les automobilistes. «Pour rejoindre la corniche Mazraa, il faut prendre deux fois à gauche», indique-t-il d’une voix douce, en pointant du doigt la bonne direction. Walid a tout juste la vingtaine, quelques poils sur le menton et une Kalachnikov en bandoulière. Comme ici, tous les quartiers – sunnites comme chiites – à l’ouest de la «ligne verte», sont passés sous le contrôle du Hezbollah de Hassan Nasrallah et du Mouvement Amal de Nabih Berri, accessoirement président du Parlement. En fin de journée, ces jeunes ne cachaient pas leur joie, défilant les doigts en V et se prenant mutuellement en photo. Dans les rues, les portraits du président syrien Bachar el-Assad ont même fait leur réapparition, trois ans après le retrait du Liban de son armée.

A Hamra, les miliciens du Hezbollah quadrillent les rues. « Ce matin, des hommes en armes m’ont confisqué les cartes mémoire de mon appareil, raconte Paul Assaker, un photographe indépendant. C’étaient des Hezbollahis, des vrais, de ceux avec lesquels on ne discute pas.»

A quelques centaines de mètres, les transports de troupes et les blindés de l’armée encerclent ces zones occupées. L’armée libanaise, dont la crédibilité vacille depuis ce midi et la diffusion à la télévision d’images montrant des soldats se ranger aux côtés des miliciens, protège les bâtiments officiels, comme les ministères et surtout la Banque centrale.

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Dans la partie de poker politique qui se joue à Beyrouth, les rumeurs bourgeonnent comme les amandiers, Al-Manar (la télévision affiliée au Hezbollah) annonçant même « la démission imminente du le Premier ministre Fouad Siniora ». Dans les rangs l’opposition, aujourd’hui en position de force, la ligne est claire : le gouvernement doit revenir sur ses dernières décisions visant le Hezbollah et retourner à la table des négociations. Un scénario inenvisageable.
Face à situation qui ressemble de plus en plus à une nouvelle guerre civile, les Libanais n’ont que deux options : se cloîtrer rester chez eux ou prendre la fuite. Les postes frontières vers la Syrie, à l’est et au nord, ont ainsi vu arriver hier des colonnes de voitures, des familles entières tentant de quitter le pays par la dernière porte de sortie praticable. Plusieurs ambassades étrangères ont d’ailleurs donné l’ordre d’évacuer leurs ressortissants, comme celles du Koweït, des Emirats arabes unis, d’Italie, de Norvège, du Royaume-Uni et de Slovaquie. Ce soir, la crise libanaise a même pris une ampleur régionale : les pays arabes ont clairement montré du doigt l’Iran dans l’escalade de la violence au Liban. Israël a fait de même, Téhéran répliquant que « l’actuel gouvernement à Beyrouth n’est qu’une marionnette de Tel-Aviv et Washington ». L’engrenage est en marche.