Des supporters de l'USM Alger au stade, le 29 septembre 2017.
Des supporters de l'USM Alger au stade, le 29 septembre 2017. — RYAD KRAMDI / AFP

RESERVE AUX HOMMES

Insultes, agressions, saleté... Les Algériennes fans de foot ne sont plus les bienvenues au stade

Pour certains hommes, le stade de football en Algérie s'impose comme un ultime bastion de virilité à défendre...

Les femmes n’ont « pas leur place » dans un stade de foot, assène comme une évidence un jeune supporteur algérien, résumant l’opinion qui domine dans les tribunes. Aucune loi n’en interdit l’accès aux Algériennes, mais le stade de footbal est un territoire exclusivement masculin en Algérie.

Jusque dans les années 1980, elles étaient nombreuses dans les gradins avec les hommes. C’était « la belle époque », quand la mixité était la norme dans la société algérienne, se souvient Djahida, une esthéticienne sexagénaire. Les naissances successives de ses deux enfants ont éloigné des stades cette fan de football. Puis vinrent les années de guerre civile (1992-2002), durant lesquelles on évitait tout lieu public.

Aujourd’hui, plus question pour Djahida d’y retourner : elle a peur d’être insultée voire agressée, dans des tribunes désormais accaparées par des hommes, majoritairement jeunes, qui font la loi et disent ouvertement que les femmes n’y sont pas les bienvenues.

« Elles sont déjà partout »

« Si les femmes veulent voir un match de foot, qu’elles aillent voir jouer les footballeuses et nous laissent entre nous », lance Sid Ali, un chômeur de 22 ans.

Des femmes au stade ? Kamel, 20 ans et également chômeur, est tout aussi catégorique : « C’est pas leur place ! Pourquoi nous envahir alors qu’elles ont leurs feuilletons à la télévision ? », poursuit-il, « elles sont déjà partout, au moins le stade est à nous ».

Largement cantonnées à l’espace privé durant des années de montée de l’islamisme et de guerre civile, les Algériennes ont ensuite reconquis partiellement l’espace public. En ville, les femmes et les adolescentes ont regagné la rue, abandonnée durant les « années noires », mais se sont aussi approprié des endroits jadis exclusivement masculins, tels que cafés ou restaurants.

Aller au stade ? C’est « un suicide »

Pour certains hommes, le stade de football en Algérie s’impose ainsi comme un ultime bastion de virilité à défendre. Il est surtout devenu un exutoire au malaise des jeunes hommes, souvent chômeurs et sans perspective d’avenir, explique à l’AFP la sociologue Yamina Rahou, du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran.

Le stade leur semble le seul lieu où, entre hommes, il leur est possible d’exprimer colère et frustrations sans retenue, dans une société aux multiples tabous, où les loisirs manquent quand on n’a pas d’argent. Le football passionne pourtant aussi de nombreuses Algériennes, en témoignent toutes celles qui, lors des victoires de l’équipe nationale, sillonnent Alger assises aux portières des voitures, en groupe ou en famille.

Elles assistent sans problème aux matches d’autres sports tels que le handball ou le basket. Mais « c’est un suicide » pour une femme d’aller à un match de foot estime Samia Brahimi, une étudiante de 25 ans passionnée de ballon rond.

Agir pour un « déclic »

Les stades de foot restent peu accueillants : gradins de béton inconfortables et sales, WC nauséabonds et absence de sanitaires réservés aux femmes… « On ne demande pas à être comme dans les gradins des courts de tennis de Roland-Garros, mais [il faut] un minimum de dignité », explique Djahida.

Présidente de l’Association de promotion du sport féminin, Dounia Hadjeb dénonce l’absence de volonté politique de changer cet état de fait. Dans les tribunes d’honneur, les responsables politiques et les dirigeants du football algérien ou de clubs ne viennent jamais avec leurs épouses et leurs filles, souligne-t-elle.

Leur présence au stade ou celle des femmes des joueurs pourrait être une image forte et agir comme un « déclic », reconnaît Yamina Rahou. Samia voudrait, elle, que les femmes s’organisent : en venant à une centaine, « on se fera moins embêter » au stade, assure-t-elle.

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