Présidentielle mexicaine: Large victoire pour le candidat de gauche Andrés Manuel Lopez Obrador

HISTORIQUE La droite, conservatrice ou libérale, est battue pour la première fois depuis un siècle. Mais programme du vainqueur, Andrés Manuel Lopez Obrador est très ambitieux…

R. G.-V. avec AFP

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Andrés Manuel Lopez Obrador deviendra président du Mexique le 1er décembre.
Andrés Manuel Lopez Obrador deviendra président du Mexique le 1er décembre. — PEDRO PARDO / AFP

Andrés Manuel Lopez Obrador a obtenu une large victoire dimanche à l’élection présidentielle mexicaine, offrant un premier succès historique à la gauche, dans un pays confronté à une vague de violences sans précédent. Selon une estimation officielle, l’ancien maire de Mexico obtiendrait entre 53 % et 53,8 % et des voix, devant le jeune conservateur Ricardo Anaya avec environ 22 % des voix, et Jose Antonio Meade, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), le parti au pouvoir, avec environ 16 %.

Pour la première fois de l’histoire moderne du Mexique, la gauche accède à la présidence. « C’est un jour historique », avait lancé dans la matinée à la presse le futur président, surnommé « AMLO », ses initiales, avant de voter à Mexico, promettant de lutter contre la corruption et chasser la « mafia du pouvoir ».

« Ouragan national »

Après deux échecs successifs, ce vétéran de la gauche, âgé de 64 ans, obtient un succès sans précédent au niveau national, mais également régional et local, en décrochant au moins six postes de gouverneurs sur les neuf en jeu, avec son parti, le Mouvement de régénération nationale (Morena). Et pour la première fois, une femme, Claudia Sheinbaum, scientifique de 56 ans et fidèle de « AMLO », sera à la tête de la ville-Etat de Mexico, qui compte plus de 20 millions d’habitants.

Avec ses alliés, Lopez Obrador, qui prendra ses fonctions en décembre prochain, obtiendrait une majorité à l’Assemblée, avec au moins 250 sièges de députés. Il s’agit d’un « ouragan national », commentait sur la chaîne Televisa le politologue Jesus Silva Herzog Marquez. Lopez Obrador aura su capitaliser sur l’exaspération d’une grande partie des Mexicains, et se présenter en candidat des plus modestes, bien décidé à chasser « la mafia du pouvoir », incarnée par l’impopulaire président Enrique Peña Nieto.

La violence au cœur de la campagne

Le principal défi du président « sera d’accomplir ce qu’il a promis, et ce qu’il a promis est une utopie », a commenté l’analyste politique Jose Antonio Crespo. « Il n’y arrivera pas, mais on verra ce qu’il obtient ». « Il va pouvoir compter sur l’appui du Congrès, une grande légitimité, mais les choses ne changent pas de façon magique », poursuit l’expert.

Tout au long de la campagne, la violence a été au cœur des débats, mais elle a aussi touché de nombreux candidats ou militants sur le terrain. « AMLO » a promis d’éradiquer la pauvreté qui alimente ces violences, et promis une amnistie controversée aux petites mains des groupes criminels, dans l’espoir de ramener la paix sociale dans le pays.

Des relations tendues avec les Etats-Unis

Au titre des défis à surmonter, en plus de lutter contre la corruption, le futur président mexicain devra tenir sa promesse de « remettre à sa place » le président américain Donald Trump, qui a menacé de rompre l’Accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada (Aléna), et estime que le Mexique « ne fait rien » contre l’immigration clandestine venue d’Amérique centrale.

Donald Trump a tout de même félicité Lopez Obrador et s’est dit « prêt à travailler » avec lui. « Il y a beaucoup à faire pour le bien à la fois des Etats-Unis et du Mexique ! », a le président américain.

Lopez Obrador lui a répondu qu’il souhaitait une relation d'« amitié et de coopération » avec les Etats-Unis. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau​ a aussi félicité le nouveau président mexicain, tout en soulignant que le Canada et le Mexique étaient « des amis proches et partenaires de longue date »

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