Allemagne: Merkel menacée par un éclatement de sa majorité dès ce lundi

TENSIONS Sur fond de crise de l’accueil des migrants, le parti le plus à droite de la majorité d’Angela Merkel pourrait claquer la porte de la majorité gouvernementale. Cela entraînerait des élections anticipées…

20 Minutes avec AFP

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Angela Merkel pourrait être contrainte à des élections anticipées.
Angela Merkel pourrait être contrainte à des élections anticipées. — MICHAEL KAPPELER / DPA / AFP

Angela Merkel et l’aile la plus à droite de sa coalition gouvernementale se réunissent ce lundi pour une ultime tentative de résoudre un conflit sur les migrants qui menace de faire tomber le gouvernement allemand. Au centre du bras de fer : la politique de la chancelière à l’égard des demandeurs d’asile que le parti bavarois très conservateur CSU, membre de la fragile coalition gouvernementale mise en place en mars, veut à tout prix durcir.

Le président de cette formation et ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, qui mène la fronde, a offert dimanche de démissionner de ses deux fonctions face à l’impasse, lors d’une réunion de la CSU qui a duré une dizaine d’heures à Munich. Avant, en fin de compte, de suspendre sa décision. « J’ai dit que je remettais les deux postes à disposition et que j’exécuterai cette décision dans les trois jours à venir », a-t-il déclaré dans la nuit de dimanche à lundi.

Trois scénarios

Le conflit porte sur le traitement des migrants arrivant en Allemagne mais déjà enregistrés dans d’autres pays de l’UE. Le ministre veut les refouler à la frontière, ce que refuse Angela Merkel pour ne pas créer « d’effet domino » en Europe.

Devant les cadres de son mouvement, Horst Seehofer a évoqué trois scénarios. Il a indiqué qu’il pouvait soit rentrer dans le rang, soit passer outre les objections d’Angela Merkel et imposer de son propre chef les refoulements aux frontières - ce qui entraînerait toutefois son limogeage et l’éclatement du gouvernement de coalition - ou enfin démissionner. Option qu’il privilégie donc à ce stade.

De vieux alliés désormais ennemis

Un départ aurait des conséquences potentiellement graves pour l’avenir du gouvernement allemand. La question serait alors de savoir si le parti du ministre quitte lui aussi, ou non, la coalition. Dans pareil cas, la chancelière se verrait privée de majorité à la chambre des députés, avec sans doute à la clé des élections anticipées. Mais le parti bavarois pourrait aussi se contenter de remplacer Horst Seehofer, dont les relations avec Angela Merkel sont devenues exécrables, par une personnalité plus souple.

Il ne sera pas aisé toutefois lundi de trouver un terrain d’entente entre les deux formations longtemps alliées mais aujourd’hui largement ennemies. Angela Merkel reste en effet inflexible. Et elle a obtenu dimanche soir à Berlin le soutien quasi-unanime des instances dirigeantes de son parti CDU pour refuser toute décision « unilatérale » nationale sur les migrants.

Crise larvée depuis 2015

Ce dernier conflit au sein du camp conservateur allemand a éclaté vers la mi-juin lorsque la chancelière a bloqué le projet de son ministre sur les refoulements à la frontière. Mais il est en réalité quasi-permanent depuis la décision controversée prise en 2015 par Angela Merkel d’ouvrir les frontières de son pays à des centaines de milliers de candidats à l’asile. Angela Merkel pensait pouvoir amadouer ce parti rebelle grâce aux mesures prises lors du dernier sommet européen pour réduire les flux migratoires. Mais Horst Seehofer les a qualifiées dimanche d'« insuffisantes ».

Quelle que soit l’issue de la crise gouvernementale, Angela Merkel en ressortira forcément un peu plus affaiblie politiquement. Après presque treize ans de pouvoir, elle est désormais ouvertement contestée en Allemagne sur sa politique migratoire et souvent critiquée à l’étranger, notamment en Europe de l’Est et par Donald Trump.

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