Harcèlement sexuel: Douze cueilleuses de fraises portent plainte contre leur employeur espagnol

AGRESSIONS SEXUELLES Mal logées, harcelées, les cueilleuses viennent chaque année travailler dans des conditions déplorables et « de grande vulnérabilité »…

20 Minutes avec agences

— 

Des saisonniers en train de faire la cueillette de fraises (illustration)
Des saisonniers en train de faire la cueillette de fraises (illustration) — Rust Fritz/action press/SIPA

Le mouvement #MeToo gagne les plantations de fraises espagnoles. Huit Marocaines et quatre Espagnoles, saisonnières dans des cultures de fraises, ont porté plainte contre leur employeur en Andalousie.

Dans la province de Huelva – qui fait de l’Espagne le premier producteur de fraises d’Europe –, des investigations judiciaires ont été lancées fin mai. Les plaignantes dénoncent des situations de harcèlement au travail et sexuel, ainsi que des viols ou tentatives de viol.

Plusieurs chefs d’équipe mis en examen

Des dizaines d’autres « ont trop peur pour le faire », selon une avocate. Plusieurs responsables ou chefs d’équipe – on ignore combien – ont déjà été mis en examen pour « abus sexuels » présumés, a indiqué le parquet.

« L’Espagne est le premier exportateur de fruits et légumes d’Europe », rappelle le professeur d’économie José María Sumpsi. Mais « dans les régions de culture intensive, il n’y a quasiment plus de main-d’œuvre espagnole ».

Des conditions précaires

Pour postuler au Maroc, il faut être une femme de 18 à 45 ans « issue du milieu rural » et « avoir des enfants de moins de 14 ans » pour s’assurer qu’elles rentreront au pays à la fin de la saison, selon un document de l’établissement public marocain en charge de l’emploi.

Les contrats de trois mois prévoient un salaire de 39 à 40 euros pour 6 h 30 de travail par jour. Mais à l’arrivée, « on nous a dit que c’était la deuxième récolte et qu’on serait payées au rendement : 0,75 euro la cagette » de 5 kg, rapporte l’une des plaignantes. Les salariées devaient « cueillir les fraises très, très vite » sous peine d’être privées de travail plusieurs jours.

Les logements, prévus dans le contrat, n’étaient que des préfabriqués très rudimentaires pour lesquels « on nous retirait trois euros par jour », ajoute-t-elle. « Analphabètes, les femmes signent ce qu’on leur dit et ne réclament rien, elles disent : ''Tais-toi, si tu veux revenir l’an prochain'' ».

Des travailleuses en « grande vulnérabilité »

Pour la fondation Cepaim, qui milite pour l’intégration des migrants, ces femmes se retrouvent « en situation de grande vulnérabilité du fait de la nécessité impérieuse d’obtenir des moyens de subsistance pour leur famille ». Elles débarquent « sans parler l’espagnol, ni connaître la convention collective », et se retrouvent « sans soutien social » en cas d’abus.

Le gouvernement régional d’Andalousie a annoncé le 13 juin qu’un protocole « tolérance zéro » était élaboré avec le secteur pour l’année 2019. Il prévoit la formation des responsables de la cueillette aux « questions de genre », le recrutement de médiateurs neutres, la remise de tracts aux saisonnières pour leur expliquer leurs droits dans leur langue.

>> A lire aussi : Lyon: L'université Lumière suspend un professeur pour des soupçons de harcèlement sexuel sur une doctorante

>> A lire aussi : Espagne: Manifestations contre la remise en liberté des accusés de «la Meute»