Les ados du Hezbollah paralysent Beyrouth

LIBAN L'opposition est visiblement prête à bloquer longtemps la ville...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Les forces de sécurité intérieure et l'armée libanaises ont été déployées en force à travers la capitale, interdisant l'accès à certains secteurs pour éviter des heurts entre partisans de l'opposition emmenée par le Hezbollah chiite et ceux du gouvernement issu de la majorité parlementaire antisyrienne.
Les forces de sécurité intérieure et l'armée libanaises ont été déployées en force à travers la capitale, interdisant l'accès à certains secteurs pour éviter des heurts entre partisans de l'opposition emmenée par le Hezbollah chiite et ceux du gouvernement issu de la majorité parlementaire antisyrienne. — Joseph Barrak AFP

Jnah, le long de l’autoroute bloquée menant à l’aéroport international de Beyrouth: un essaim de 200 scooters déboule sous le soleil. Depuis l’aube, de jeunes partisans du Hezbollah, très mobiles, prennent méthodiquement possession de tous les axes majeurs du sud et du centre de la capitale libanaise. Sur le rond-point de Tayouneh, point névralgique entre quartiers chrétiens et chiites, des camions déversent des tonnes de terre sur les carcasses fumantes de voiture, sous les ordres d’hommes masqués et équipés de talkie-walkie. L’armée libanaise est omniprésente, mais les soldats restent les bras croisés. «Que voulez-vous que l’on fasse?, lance l’un d’entre eux un peu dépité. Nous sommes uniquement ici pour nous assurer que cela ne dégénère pas violemment.»

Si la vie semble continuer normalement dans certains quartiers chrétiens, la ligne de démarcation est bien nette. L’ancienne ligne verte séparant Beyrouth-Ouest de Beyrouth-Est a repris tout son sens: de Sodeco, zone célèbre pour ses snipers durant la guerre civile, au centre-ville, impossible de passer. Les soldats arrêtent tout le monde, même les journalistes: vers 11h, une ambulance est repartie des lieux avec un photographe du quotidien Al-Balad, tabassé par les manifestants. En début d’après-midi, dans les quartiers de Ouzaï, de Moussaitbeh et de Basta, des rafales d’armes automatiques, des grenades et des tirs de RPG ont percé le silence d’une ville aux rideaux fermés. Et, plus inquiétant, les tensions commencent à déborder vers les quartiers sunnites. Jusqu’ici, aucun bilan n’a pu être établi, mais il y a déjà plusieurs blessés.

Officiellement, cette journée devait être un jour de grève générale. Mais ce mercredi matin, la CGTL – le principal syndicat du pays – a annulé la manifestation organisée à l’origine pour protester contre la politique économique du Premier ministre Fouad Siniora. Cela n’a pas empêché la récupération prévisible du mot d’ordre par l’opposition libanaise qui souhaite la démission du gouvernement depuis 18 mois. Si la mobilisation a été quasiment nulle pour les partisans du général Michel Aoun, son allié du Hezbollah a montré sa force et sa capacité à paralyser la capitale libanaise. Une sorte de message clair au gouvernement, car les barrages mis en place par les manifestants semblent être là pour durer. C’est ce que laisse supposer la fermeture annoncée de l’aéroport jusqu’à nouvel ordre.