Inde: 22 morts en un an à cause de fausses rumeurs sur WhatsApp

FAKE NEWS Le pays d’Asie du Sud-Est connaît une vague de panique entretenue par la popularité de l’appli de messagerie gratuite avec laquelle les rumeurs se diffusent très vite…

R. G.-V. avec AFP

— 

Mohinidevi Nath présente une photo de sa cousine Shantadevi Nath, morte lynchée par la foule à cause de fausses rumeurs.
Mohinidevi Nath présente une photo de sa cousine Shantadevi Nath, morte lynchée par la foule à cause de fausses rumeurs. — SAM PANTHAKY / AFP

La police indienne a appelé ce mercredi la population à ne pas croire les fausses rumeurs circulant sur WhatsApp au lendemain d’une vague d’agressions, où une femme a péri, dans ce pays où les « fake news » connaissent de plus en plus d’issues tragiques.

De fausses informations faisant état de centaines de trafiquants d’enfants ayant débarqué au Gujarat ont déclenché cinq attaques mardi dans plusieurs villes de cet État de l’ouest de l’Inde. La fréquence de telles affaires s’accélère ces derniers temps dans le pays. Les forces de l’ordre du Gujarat ont lancé un appel par communiqué : « Ne vous laissez pas emporter par les faux messages ou rumeurs sur les réseaux sociaux et n’attaquez personne en raison de suspicions ».

22 morts en un an

La messagerie américaine WhatsApp est un canal de communication extrêmement populaire en Inde et les rumeurs (qui ne sont, elles, pas nouvelles) y prolifèrent hors de tout contrôle, aboutissant parfois à des lynchages. L’anarchie provoquée par des textos autour de soi-disant « ravisseurs d’enfants » a d’ores et déjà coûté la vie à au moins 22 personnes en un an, d’après la presse indienne.

Un exemple parmi d’autres : mardi soir dans la grande ville gujaratie d’Ahmedabad, persuadé d’avoir affaire à l’un de ces « gangs », un attroupement d’une centaine de personnes s’en est ainsi pris à une mendiante de quarante-cinq ans, Shantadevi Nath, ainsi qu’à trois femmes qui se trouvaient avec elle. « Les gens dans la foule ont matraqué à coups de poing et de pieds les quatre femmes. Certains les ont même frappées avec des bâtons et les ont tirées par les cheveux, causant de graves blessures à Shantadevi tandis que les trois autres n’ont été blessées que légèrement », a décrit à l’AFP le responsable policier JA Rathwa.

Impossible de remonter aux auteurs

Secourues par un policier en charge de la circulation, les victimes ont été transportées à l’hôpital où Shantadevi Nath a été déclarée morte.

Face à ce fléau, les experts appellent à une éducation à l’information et au bon usage des plateformes en ligne, mais les rumeurs sont souvent prises pour argent comptant par des médias locaux peu regardants sur l’exactitude. Le chiffrement des messages sur WhatsApp, voulu par les fondateurs du réseau pour protéger la vie privée de leurs utilisateurs, fait qu’il est presque impossible de remonter à la source d’une rumeur.

Pour Jency Jacob, de l’organisation de fact checking Boom, « blâmer la technologie n’est pas la bonne approche ». « Les gens n’ont pas confiance dans les politiciens et le système judiciaire donc les rumeurs de ravisseurs d’enfants gagnent du terrain et des lynchages surviennent. C’est un problème social compliqué et WhatsApp et les autres réseaux sociaux amplifient le message. »