Migrants: Que sait-on sur les bateaux coincés en Méditerranée?

IMMIGRATION Deux bateaux, le «Lifeline» et le «Mearsk», ont secouru des migrants en mer mais cherchent toujours un port où accoster, sans succès...

O. G. avec AFP

— 

Le bateau Lifeline est coincé en Méditerranée alors que l'Italie lui refuse l'entrée dans ses ports et que la France ne semble pas prête à accueillir les 234 migrants à bord.
Le bateau Lifeline est coincé en Méditerranée alors que l'Italie lui refuse l'entrée dans ses ports et que la France ne semble pas prête à accueillir les 234 migrants à bord. — AFP
  • Après la longue errance de l'Aquarius, qui a soulevé les critiques en Europe comme en France, deux bateaux ayant secouru des migrants sont à nouveau bloqués en Méditerranée. 
  • Alors que les pays européens s'écharpent sur la question migratoire, des centaines de migrants attendent de l'aide à bord de navires commerciaux ou humanitaires. 

Le Lifeline risque de manquer bientôt de carburant… Sur Twitter, l’ONG allemande Mission Lifeline, dévoile depuis près d’une semaine le quotidien à bord de ce bateau, où s’entassent 234 migrants secourus en mer, et qui reste bloqué en Méditerranée.

Un scénario qui vous dit quelque chose ? Une semaine après l'errance de l’Aquarius, qui a provoqué de fortes tensions entre la France et l'Italie, la situation de certains bateaux humanitaires reste problématique. Pourquoi ? Le nouveau gouvernement populiste italien, au pouvoir depuis trois semaines, veut réduire les arrivées de migrants sur ses côtes en refusant d'ouvrir ses ports aux navires des ONG qui vont les chercher en mer. 

Le Lifeline près des côtes maltaises

Le Lifeline se trouve dans les eaux internationales à environ 30 milles nautiques des côtes maltaises avec 234 migrants qu’il a recueillis mercredi à son bord, dont 14 femmes et 4 enfants de moins de trois ans, selon le co-fondateur de l’ONG, Axel Steier, joint par l’AFP.

Le navire, qui bat pavillon néerlandais, s’est vu refuser vendredi l’autorisation d’accoster dans un port maltais. Même refus des autorités italiennes qui lui ont demandé de s’adresser à la Libye, désormais en charge des opérations de sauvetage en mer. Un courriel adressé par le Lifeline aux garde-côtes libyens est resté lettre morte et, selon Axel Steier, il est peu probable qu’ils répondent dans la mesure où la seule possibilité pour le navire serait de se diriger vers l’île italienne de Lampedusa, au sud de la Sicile.

Le Lifeline, qui a été approvisionné en vivres et en médicaments en provenance de Malte, a demandé lundi à être accueilli par la France. « Le problème est que nous avons 234 personnes assises à bord d’un bateau de 30 mètres de long, tout près d’un pays développé et que l’Europe regarde ces gens en train de dépérir », a déclaré Axel Steier.

Quelle est la réponse de la France ?

Peu de chance qu’elle soit positive… La ministre chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a affirmé ce lundi que c'était «à l'Italie» de prendre en charge le bateau humanitaire Lifeline transportant des migrants, alors que plusieurs élus font pression sur le gouvernement pour qu’il accepte ou refoule le navire, une semaine après la polémique Aquarius. « La France rappelle le droit international : lorsque vous avez un bateau et que vous faites du sauvetage en mer, c’est le cas des passagers du Lifeline, vous les débarquez sur le port sûr le plus proche (…) c’est Malte ou c’est l’Italie », a déclaré la ministre sur France 2.

« Techniquement, pratiquement, c’est à l’Italie de le prendre », a-t-elle insisté. « Ca n’arrange pas tout le monde, c’est le droit international, et on n’est pas là pour remplacer le droit par la loi de la jungle », a poursuivi la ministre.

« En revanche on ne peut pas dire à Malte et à l’Italie "débrouillez-vous tous seuls" », a-t-elle souligné, plaidant pour « une présence massive de l’Europe dans les ports italiens pour venir interviewer les passagers »

Un porte-conteneurs danois près de la Sicile

Mais le Lifeline n’est pas seule bateau ayant secouru des migrants bloqué aujourd’hui dans un imbroglio diplomatique. Un porte conteneurs danois, baptisé Alexander Mearsk, se trouve à proximité du port de Pozzallo, sur la côte sud de la Sicile, avec à son bord 108 migrants. « Nous attendons les ordres » pour décider de la suite des opérations, a indiqué ce lundi un responsable des garde-côtes à Pozzallo.

Le porte-conteneurs a changé de cap après avoir reçu un signal de détresse tôt vendredi matin, à 4h30 heure de Paris, alors qu’il était en route de la Libye vers Malte. Après avoir secouru 113 migrants en mer, il a été dirigé vers la Sicile, a expliqué Maersk Line. Il est arrivé au large de Pozallo vendredi en fin d’après-midi.

Le porte-conteneurs danois Maersk a recueilli des migrants, dont des enfants vendredi à l'aube. Depuis, le bateau est coincé en Méditerranée près des côtes siciliennes.
Le porte-conteneurs danois Maersk a recueilli des migrants, dont des enfants vendredi à l'aube. Depuis, le bateau est coincé en Méditerranée près des côtes siciliennes. - AFP

Le Centre de coordination des secours maritimes « a livré des provisions au navire, notamment des couvertures et de la nourriture », a indiqué l’armateur. Cinq migrants, dont quatre enfants et une femme enceinte, ont été débarqués samedi soir. La ministre danoise à l’Immigration et l’Intégration, Inger Stjøberg, a envoyé une lettre à Matteo Salvini, le ministre italien de l’Intérieur, pour lui demander d’agir afin que ces migrants ne restent pas sur le bateau.

Des associations inquiètes

Une double situation préoccupante, qui a poussé SOS Méditerranée à partager sa préoccupation sur Twitter : « Le droit maritime et le débarquement rapide et sécuritaire des personnes secourues doivent primer sur toutes considérations politiques, politiciennes ou administratives », plaide l’association.

>> A lire aussi : Crise migratoire: «Pénaliser financièrement les pays qui refusent les migrants», estime Catherine Wihtol de Wenden