VIDEO. Turquie: Erdogan en tête à l'élection présidentielle après 40% des bulletins dépouillés

ELECTIONS Selon les premiers chiffres, non définitifs, le président devrait conserver sa place et l'AKP, son parti, rester majoritaire au parlement...

20 Minutes avec AFP

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A Istanbul, Recep Tayyip Erdogan sort d'un isoloir pour les élections générales et législatives du 24 juin 2018 en Turquie
A Istanbul, Recep Tayyip Erdogan sort d'un isoloir pour les élections générales et législatives du 24 juin 2018 en Turquie — Lefteris Pitarakis/AP/SIPA

Le président turc Recep Tayyip Erdogan était dimanche en tête de premiers résultats partiels publiés après des élections présidentielle et législatives âprement disputées, face à une opposition farouche déterminée à stopper sa course vers davantage de pouvoirs.

En tête après 40 % des bulletins dépouillés

Recep Tayyip Erdogan menait la course dans le scrutin présidentiel, avec environ 57 % des voix après dépouillement de plus de 40 % des bulletins, devançant son principal concurrent, le social-démocrate Muharrem Ince, qui récolte 28,4 % des voix selon ce décompte partiel publié par l’agence étatique Anadolu. Aux législatives, l’alliance dominée par le parti islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, l’AKP, mène aussi dans le décompte partiel avec quelque 61 % des voix après dépouillement d’environ 25 % des bulletins.

Un président puissant… et critiqué

Le président a besoin de recueillir plus de 50 % des voix pour éviter un second tour. Les résultats sont susceptibles d’évoluer fortement au fur et à mesure que le dépouillement progresse.

En 15 ans de règne, il s’est imposé comme le dirigeant turc le plus puissant depuis le fondateur de la République, Mustafa Kemal. Il a transformé la Turquie à coups de méga-projets d’infrastructures et en libérant l’expression religieuse, et fait d’Ankara un acteur diplomatique clé. Mais ses détracteurs accusent le « Reis », âgé de 64 ans, de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de putsch de juillet 2016, suivie de purges massives qui ont touché des opposants et des journalistes et suscité l’inquiétude de l’Europe.

En comptant les Turcs de la diaspora, quelque 59 millions d’électeurs étaient appelés à voter pour ce double scrutin présidentiel et législatif qui marquera le passage du système parlementaire en vigueur à un régime hyper-présidentiel voulu par le président, mais décrié par ses opposants.

Dégradation de la situation économique

S’il pensait mettre toutes les chances de son côté en convoquant ces élections pendant l’état d’urgence et plus d’un an avant la date prévue, Recep Tayyip Erdogan a été rattrapé par la dégradation de la situation économique et surpris par un sursaut de l’opposition. Voyant dans ces élections leur dernière chance d’arrêter Erdogan dans sa quête d’un pouvoir incontestable, des partis aussi différents que le CHP (social-démocrate), Iyi (nationaliste) et le Saadet (islamiste) ont noué une alliance inédite pour les législatives, avec l’appui du HDP (prokurde).

Opposition énergique

Muharrem Ince, un député combatif qui a porté les couleurs du CHP à la présidentielle, s’est imposé comme le principal rival du président actuel, électrisant des foules aux quatre coins du pays et réveillant une opposition assommée par ses défaites successives. L’économie, qui a longtemps été l’atout de l’AKP, s’est imposée comme un sujet de préoccupation majeur avec l’effondrement de la livre turque et une inflation à deux chiffres.

Pendant la campagne, Recep Tayyip Erdogan a semblé sur la défensive, promettant par exemple de lever rapidement l’état d’urgence ou encore d’accélérer le retour dans leur pays des réfugiés syriens, mais uniquement après que son rival eut promis la même chose. Ce dernier a mené une campagne énergique en promettant notamment d’inverser le passage à un régime présidentiel qui deviendra effectif après ces élections, au terme d’un référendum constitutionnel controversé remporté par le président en avril 2017.

Après avoir voté sur la rive asiatique d’Istanbul sous les acclamations de ses partisans, M. Erdogan a défendu cette transformation qu’il a qualifiée de « révolution démocratique ». Mais ses opposants accusent le président de vouloir monopoliser le pouvoir avec cette réforme qui supprime notamment la fonction de Premier ministre et permet au président de gouverner par décrets.

Dépouillement sous surveillance

La campagne a été marquée par une couverture médiatique très inéquitable en faveur du président turc, dont chaque discours a été retransmis in extenso par les télévisions. Dans ce contexte, les craintes de fraudes ont été vives, notamment dans le sud-est à majorité kurde. Les opposants, qui avaient mobilisé une armée d’observateurs, ont dénoncé des irrégularités, notamment dans la province de Sanliurfa.

Après avoir voté dans son fief de Yalova (nord-ouest), Muharrem. Ince s’est rendu à Ankara pour attendre les résultats devant le siège des autorités électorales, exhortant les témoins des partis à ne pas quitter les bureaux de vote avant la fin du dépouillement. « Je protégerai vos droits », a-t-il déclaré. « Tout ce que nous voulons, c’est une compétition juste ».

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