Veste de Mélania Trump : « Quel que soit son message, son attitude est désinvolte et pose question pour une Première dame »

INTERVIEW L’historienne Nicole Bacharan tente de résoudre l'énigme du message imprimé au dos de la veste de Mélania Trump en marge de sa visite dans un centre de migrants...

Fabrice Pouliquen

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Melania Trump sur la base d'Andrews, dans le Maryland, avant son départ pour le Texas, le 21 juin 2018.
Melania Trump sur la base d'Andrews, dans le Maryland, avant son départ pour le Texas, le 21 juin 2018. — MANDEL NGAN / AFP

« I really don’t care, do U ? » En français : « Je m’en fiche complètement, pas vous ? ». C’est la grande énigme depuis ce jeudi sur laquelle se cassent les dents les médias américains. Qu’a bien voulu dire Melania Trump, la première dame américaine, en portant une veste de la marque Zara avec cette inscription imprimée au dos alors qu’elle se rendait dans un centre pour enfants migrants au Texas.

Tourne-t-elle en dérision Donald Trump, son président de mari ? Est-ce un pied de nez aux journalistes qui épient et commentent le moindre de ses gestes ? Ou se moque-t-elle réellement du sort des enfants migrants séparés de leurs parents lorsqu’ils sont arrêtés à la frontière ? Disons-le tout de suite, l’historienne et politologue Nicole Bacharan, auteur en 2016, avec Dominique Simonnet, de First Ladies: à la conquête de la Maison Blanche (ed. Perrin) n’a pas plus percé le mystère du message que les autres. « C’est peut-être ça le problème, indique-t-elle. On ne peut pas se permettre d’être illisible dans sa position, ni en marge d’un déplacement sur un sujet aussi grave. » Elle répond aux questions de 20 Minutes.

Et si finalement, Melania Trump n’avait rien voulu dire avec cette veste ?

Non, c’est impossible. C’est même la seule certitude dans cette affaire : Melania Trump n’a pas revêtu cette veste par hasard, comme a tenté de le faire croire Stéphanie Grisham, sa porte-parole. Depuis Jackie Kennedy, les tenues des First Ladies sont systématiquement commentées dans les médias. Melania Trump le sait. Elle a une équipe de conseiller pour l’aider et elle avait visiblement apporté un soin particulier au choix de sa tenue lors de déplacements précédents.

Faut-il alors voir dans ce message un affront à son mari, une façon de le tourner en ridicule ?

Je vois bien que c’est la théorie qui monte. J’ai lu des articles expliquant comment Melania et Invanka Trump [sa belle-fille] seraient parvenu en coulisse à convaincre Donald Trump à signer un décret mettant fin à la séparation des familles migrantes arrêtées à la frontière. Je veux bien adhérer à cette thèse faisant de Melania Trump une solide résistante à la politique de son mari. Mais rien ne l’accrédite vraiment. Il est fort à parier d’ailleurs que ce revirement de Donald Trump sur les familles migrantes s’explique bien plus par la levée de boucliers des évangélistes américains, une part non-négligeable de son électorat. C’est alors tout le problème d’Ivanka Trump. Son attitude est illisible et pas seulement sur cette affaire de veste au message énigmatique. Tantôt, on a le sentiment que Melania se rebelle, prend de la distance vis-à-vis de son mari et de sa politique. Lorsqu’elle affirmait par exemple, début juin via sa porte-parole, qu’elle détestait voir des enfants séparés de leur famille au moment où Donald Trump se montrait encore inflexible. Mais dans bien d’autres cas, par ses tweets ou son attitude, on se demande réellement si Melania Trump ne se moque pas de nous. J’ai en tête un tweet récent publié après la réception du roi d’Espagne dans lequel elle se réjouissait d’avoir reçu Laëtitia, la reine d’Espagne. « Nous avons apprécié le thé et le temps passé ensemble à discuter de la façon dont nous pourrions aider les enfants » disait-elle. Cela fait très léger tout de même.

Dans First ladies, vous décrivez le rôle de la première dame comme très complexe : elle doit se montrer charmante sans avoir l’air narcissique, élégante sans paraître frivole, épouse dévouée mais pas soumise… Estimez-vous que Melania Trump s’en sort bien à ce jour ?

Je trouve que ça dérape franchement. Melania Trump est arrivée à la Maison Blanche très peu populaire. Son attitude distante, froide même, ne jouait pas en sa faveur. Puis, au bout de quelque temps, elle est peu à peu montée dans l’opinion. Justement parce qu’elle paraissait calme, pondérée, apaisante. Elle s’inscrivait même finalement dans le rôle très traditionnel de la First lady tel qu’on l’entend aux Etats-Unis : celle d’une femme élégante qui reçoit bien, qui dit donner sa priorité à sa famille et à son fils. Mais sa désinvolture pose question. Envoyer un message incompréhensible et perturbant en marge d’un déplacement sur un sujet grave est une forme de mépris pour les enfants qu’elle visite. On parle d’enfants séparés de leurs parents et elle se comporte d’une certaine façon comme une adolescente. Plus généralement, on voit bien aussi que le couple vit mal : Mélania a à plusieurs reprises montré publiquement des signes de désapprobation à l’égard de son mari, en refusant par exemple de lui tenir la main. Ce n’est pas la première fois qu’un couple présidentiel américain ne s’entend pas bien. Je pense aux couples Kennedy ou Nixon. Mais cela restait tout de même de l’ordre du privé. Ces premières dames n’affichaient pas publiquement cette hostilité. Pas autant en tout cas que le fait Melania Trump.