Viande de chien: Un premier pas vers l’interdiction en Corée du Sud

ANIMAUX Pour la première fois dans le pays, un tribunal a condamné un producteur qui élevé des chiens pour leur viande. Une proposition de loi pour l’interdiction pure et simple est en vue…

20 Minutes avec AFP

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Les associations contre la consommation de chien viennent de gagner une bataille en Corée du Sud.
Les associations contre la consommation de chien viennent de gagner une bataille en Corée du Sud. — YONHAP / AFP

Un tribunal sud-coréen a jugé illégal d’abattre les chiens pour leur viande, une décision susceptible aux yeux des défenseurs des animaux de constituer un premier pas pour rendre la consommation des canidés hors la loi. La viande de chien fait depuis longtemps partie de la tradition culinaire de la Corée du Sud, où environ un million de chiens sont mangés chaque année, selon les estimations.

Néanmoins, cet usage décline. De plus en plus de Sud-Coréens considèrent que le chien est l’ami de l’homme plutôt qu’un animal de ferme destiné à finir dans l’assiette. La pratique devient taboue chez les jeunes générations et les défenseurs des droits des animaux se font davantage entendre. Le sujet est dans une zone grise juridique, en l’absence d’interdiction spécifique.

2.300 euros d’amende

L’année dernière, l’association de défense des animaux Care avait porté plainte contre un éleveur de Bucheon accusé de « tuer des animaux sans raison valable » et de violer la réglementation sur l’hygiène et les normes de construction. Le parquet l’avait inculpé et le tribunal de la ville de Bucheon l’a reconnu coupable, le condamnant à trois millions de wons d’amende (2.300 euros). L’intéressé a renoncé à faire appel.

Kim Kyung-eun, l’avocate de Care, a salué le jugement qui date d’avril mais a été rendu public seulement cette semaine. « Il est très important en ce qu’il s’agit de la première décision de justice qui stipule que tuer des chiens pour leur viande est illégal en soi ». Le jugement « ouvre la voie à ce que la consommation de viande canine soit rendue complètement illégale », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Une proposition de loi

Un député du Parti démocrate au pouvoir a soumis cette semaine une proposition de loi à l’Assemblée nationale qui interdirait de facto la consommation de cette viande. Le texte vise à limiter l’abattage d’animaux à des espèces classées dans la catégorie cheptel, ce qui exclut les chiens.

Certains Sud-Coréens dénoncent cependant un « deux poids, deux mesures » culturel. La viande canine est un mets délicat qui se déguste l’été. La viande rouge et grasse, toujours bouillie pour la tendreté, est réputée énergétique. Selon une étude réalisée en 2017, 70 % des Sud-Coréens ne mangent pas de chien mais ils ne sont que 40 % à exiger l’interdiction d’en consommer.

Taïwan a interdit la viande de chien l’an dernier

Un débat qui se retrouve dans d’autres sociétés asiatiques consommatrices de chiens. Taïwan a interdit l’année dernière la consommation de viande canine, avec des réactions mitigées. D’aucuns ont jugé injuste de vouloir épargner certaines espèces en vertu « d’une loi mignonne de défense des animaux ».

Le jugement de Bucheon a courroucé les éleveurs, lesquels organisent l’abattage dans leurs exploitations car les abattoirs spécialisés ne sont pas autorisés. « C’est un scandale. Nous ne pouvons accepter un jugement qui dit que tuer des chiens pour leur viande revient à tuer des animaux sur un coup de tête », a déclaré à la télévision YTN Cho Hwan-ro, représentant d’une association d’éleveurs.