Migrants aux Etats-Unis: Que vont devenir les 2.300 enfants séparés de leurs parents?

IMMIGRATION Si Donald Trump a mis fin à la pratique par décret, mercredi, réunir les familles déjà séparées sera une mission compliquée...  

Philippe Berry

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Une migrante du Honduras arrêtée avec sa fille de deux ans à la frontière mexicaine, au Texas, le 12 juin 2018.
Une migrante du Honduras arrêtée avec sa fille de deux ans à la frontière mexicaine, au Texas, le 12 juin 2018. — JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Il a cédé à la pression. Après avoir juré que c’était impossible, Donald Trump a signé un décret mettant fin à la séparation des familles de migrants, mercredi. A la place, parents et enfants seront « détenus ensemble » pour une durée indéfinie, le temps que leur demande d’asile soit examinée – un point qui devrait donner lieux à un bras de fer judiciaire, alors qu’un mineur sans-papiers ne peut pas être détenu plus de 20 jours, selon une décision de 1997. Et le décret ne dit rien sur le sort des 2.300 enfants qui ont déjà été séparés de leurs parents depuis la mi-avril.

 

Où sont les enfants ?

Après leur arrestation par la police de l’immigration (ICE), les familles sont emmenées dans des centres près de la frontière, comme à McAllen, au Texas, qui dépendent du département de la Sécurité intérieure. En théorie, les enfants ne peuvent pas y rester plus de 72 heures. C’est là que les familles ont été séparées.

Avec la politique de « tolérance zéro » mis en place par l’administration Trump, les adultes sont automatiquement poursuivis au pénal par la justice fédérale. Ils sont donc placés en détention provisoire dans des prisons qui dépendent du ministère de la Justice, comme celle de Victorville, près de Los Angeles, où plus de 1.000 migrants ont été envoyés en attendant de passer devant un juge. Entrer illégalement aux Etats-Unis est un délit passible de six mois de prison pour une première infraction, et jusqu’à deux ans en cas de récidive.

Une fois séparés de leurs parents, les enfants sont confiés au département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis. Ce dernier gère une centaine de centres d’accueil répartis sur 17 Etats. Le maire de New York s’est dit « choqué » par l’arrivée nocturne, en secret, de 239 enfants dans sa ville. Trois compagnies aériennes (United, American et Frontier) ont indiqué qu’elles refuseraient désormais de transporter des enfants de migrants – un steward de Dallas affirme qu’un agent d’ICE a présenté une dizaine d’enfants comme une équipe de foot. Les services sociaux peuvent ensuite placer certains enfants en famille d’accueil (« foster families »).

Pas de programme spécial pour réunir les familles

Si les familles ne vont plus – pour l’instant – être séparées, quid des 2.300 enfants déjà envoyés aux quatre coins du pays, certains seulement âgés de huit ou neuf mois ? Un représentant du ministère de la Justice a botté en touche en conférence de presse, expliquant que l’affaire ne dépendait pas de sa juridiction. « Il n’y aura pas d’effet rétroactif du décret », a indiqué un porte-parole des services sociaux au New York Times. En clair, il n’y aura pas de programme spécial en place pour réunir les familles séparées.

Pour une famille arrivée au Texas, on peut donc avoir un parent qui se trouve désormais en Californie, avec un enfant à Chicago ou à New York. Selon des avocats de plusieurs associations offrant de l’aide juridique aux migrants, après la séparation, la police de l’immigration remet aux parents un formulaire avec un email et un numéro de téléphone à contacter. Selon le Houston Chronicle, dans au moins un cas, un mauvais numéro de téléphone – pour un autre service administratif – a été donné à un parent. Fin mai, les services sociaux ont également reconnu qu’ils avaient perdu la trace de 1.500 mineurs placés en foyer après être arrivés seuls à la frontière.

Pour rendre le problème encore plus complexe, ce sont des juges différents qui examinent les dossiers des parents et des enfants. Un adulte peut être expulsé en quelques mois tandis que la procédure peut prendre plusieurs années pour un mineur. John Sandweg, directeur de la police de l’immigration sous Barack Obama, précise à NBC News que certains enfants placés en famille d’accueil pouvaient même devenir des pupilles de l’Etat et être adoptés. Selon lui, certaines familles ne seront jamais réunies.