Pourquoi Donald Trump soutient-il autant les intérêts de Benyamin Netanyahou?

Etats-Unis En annonçant leur retrait du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, les Etats-Unis ont de nouveau témoigné de leur soutien à Israël sur la scène internationale. Mais pourquoi?...

Alexis Orsini

— 

Donald Trump et Benyamin Netanyahou ne tarissent pas d'éloges l'un pour l'autre.
Donald Trump et Benyamin Netanyahou ne tarissent pas d'éloges l'un pour l'autre. — MANDEL NGAN / AFP
  • Les Etats-Unis ont annoncé qu’ils se retiraient de l’organisation basée à Genève, qu’ils accusent d'« hypocrisie » et de parti pris contre Israël.
  • Auparavant, les Etats-Unis avaient transféré leur ambassade à Jérusalem.
  • 20 Minutes a interrogé deux spécialistes des Etats-Unis pour comprendre la relation entre Trump et Netanyahou.

« Meilleurs vœux au premier ministre Netanyahou et au peuple d’Israël pour le 70e anniversaire de votre Grande Indépendance. Nous n’avons pas de meilleurs amis au monde. » Le tweet, élogieux, est signé de Donald Trump, le 18 avril 2018.

Il lui vaut une réponse tout aussi enjouée de Benyamin Netanyahou : « Merci, Président Trump ! Nous n’avons pas nous non plus de meilleur ami que les Etats-Unis. »

L’échange, aussi bref soit-il, confirme l’excellente entente entre les deux pays, quelques jours seulement après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu par Donald Trump – et un mois avant l’inauguration contestée de l’ambassade, qui s’est soldée par un bain de sang à Gaza.

Mardi, les Etats-Unis ont de nouveau apporté un soutien remarqué à Israël sur la scène internationale en annonçant leur retrait du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Une décision que Nikki Haley, l’ambassadrice américaine auprès de l’organisation internationale, a notamment justifié par les « partis pris » anti-Israël du Conseil, régulièrement critiqué par les Etats-Unis comme par l’État hébreu.

Si Benyamin Netanyahou s’est empressé de saluer cette annonce, une question demeure : pourquoi Donald Trump défend-il avec une telle ferveur les intérêts israéliens ? « La politique de Trump ne marque pas de rupture sensible avec ses prédécesseurs : le fait que les Etats-Unis soutiennent Israël n’est pas nouveau. En revanche, il y a une rupture sur la forme : le soutien de Trump est très brutal, et son appui à la droite dure israélienne est inédit », analyse Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste des Etats-Unis.

« Trump est obsédé par l’idée de détruire tout ce qu’a construit Obama »

Selon elle, la proximité entretenue entre Netanyahou et Trump bénéficie surtout au premier ministre israélien : « En concrétisant le déménagement de l’ambassade américaine acté par le Congrès en 1995, Trump a fait un cadeau à Netanyahou sans rien obtenir en retour. Ça lui a permis de jouer les durs, mais ce n’est pas de la négociation. » La politologue précise en outre : « Netanyahou obtient de Trump tout ce qu’il peut en tirer : le déménagement de l’ambassade américaine, le retrait du Conseil des droits de l’homme de l’ONU… »

Outre les intérêts internationaux communs d’Israël et des Etats-Unis – sur le dossier iranien notamment - Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l’IRIS, décèle une autre motivation à « ce soutien inconditionnel à Israël ». « En politique étrangère, Donald Trump est obsédé par l’idée de détruire tout ce qu’a construit Obama. Netanyahou détestait Obama donc ça en fait forcément un ami de Trump », estime l’auteure de l’ouvrage Géopolitique des Etats-Unis (Eyrolles).

Barack Obama et Benyamin Netanyahou aux funérailles du premier ministre Shimon Peres, le 30 septembre 2016.
Barack Obama et Benyamin Netanyahou aux funérailles du premier ministre Shimon Peres, le 30 septembre 2016. - MENAHEM KAHANA / POOL / AFP

« Trump et Netanyahou revendiquent leur image d’homme fort »

Les deux spécialistes s’accordent en revanche sur les points communs entre les deux hommes, tous les deux connus pour leur tempérament et leurs attaques virulentes contre les médias. « L’affinité est indéniable entre Trump et Netanyahou, ils revendiquent leur image d’homme fort, sans concessions. C’est le type de personnalité avec lequel Trump s’entend bien, il est clairement plus à l’aise avec des dirigeants comme lui qu’avec Justin Trudeau ou Angela Merkel », explique Nicole Bacharan.

La politique pro-Israël de Donald Trump pourrait toutefois lui servir dans ses propres calculs politiques, selon Marie-Cécile Naves : « Il a clairement sa réélection en 2020 en tête et, à plus court terme, les élections de mi-mandat, en novembre, qui sont toujours à haut risque. Trump ne cherche pas à séduire l’électorat juif américain mais surtout l’électorat des chrétiens évangéliques, très puritain et conservateur, qui a voté à 80 % pour lui à la présidentielle. »

Israël occupe en effet une place particulière dans l’esprit de ces électeurs « à la vision messianique de la politique étrangère, dictée par le mythe des terres promises que représentent les Etats-Unis et Israël », poursuit la chercheuse. Certains conservateurs vont même jusqu’à associer Donald Trump à Cyrus, figure mythique qui aurait permis le retour à Jérusalem des juifs en exil à Babylone. Benyamin Netanyahou a lui-même directement comparé le président américain à ce roi perse en mars dernier, lors de sa visite à la Maison Blanche.

Diversion ou hasard du calendrier ?

Une technique jugée très efficace par Nicole Bacharan : « Plus la flatterie est importante, plus Trump est séduit, et Netanyahou l’a bien compris. L’une des grandes ambitions de Trump est d’entrer dans l’Histoire et de faire ce qui n’a jamais été fait avant lui. Comparer un président américain à Cyrus, c’était du jamais vu jusqu’ici… »

Faut-il pour autant voir un calcul stratégique dans la décision de quitter le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en pleine polémique, aux Etats-Unis, sur la politique gouvernementale de séparation d’enfants migrants de leur famille ? Si Marie-Cécile Naves y voit un simple « hasard de calendrier », Nicole Bacharan se montre catégorique : « C’est clairement une tactique de diversion, le calcul de Trump est politique : même s’il ne peut pas perdre l’électorat évangéliste, on a vu ces derniers temps plusieurs pasteurs évangélistes dénoncer la "honte" que représente cette séparation des enfants. »

Reste que la politique de soutien à Israël menée par le président républicain n’a pour l’instant rien d’une surprise. « Jusqu’ici, Trump tient ses promesses de campagne sur le sujet. Mais avec lui, le processus de paix israélo-palestinien est compromis : il est plutôt du genre à souffler sur les braises », remarque Marie-Cécile Naves.