• Un projet de loi, approuvé par le gouvernement israélien, veut instaurer des peines d’emprisonnements -jusqu’à 10 ans- aux personnes filmant des soldats de l’armée israélienne dans l’intention « de démoraliser » ou de « nuire à la sécurité de l’Etat ».
  • Le projet de loi vise à contrer les techniques de contestations d’ONG comme B’Tselem qui filment les mouvements des soldats israéliens pour en dénoncer les éventuels abus.

Cinq ans d’emprisonnement pour les « personnes qui filment, photographient ou enregistrent des soldats lors de leur service de manière à démoraliser les soldats et les civils israéliens ». Dix ans même si la publication de telles images a l’intention « d’attenter à la sécurité de l’Etat ». Telles sont les préconisations d’un projet de loi qui fait couler beaucoup d’encre actuellement en Israël.

B ‘Tselem et d’autres ONG anti-israéliennes visées

Dimanche déjà, le gouvernement a donné son feu vert au projet de loi ébauché par Robert Ilatov, député du parti d’extrême droite Israël Beitenou. Mercredi, ce sera au tour de la Knesset, le parlement israëlien, de se prononcer sur ce projet de loi qui divise.

Le projet de loi s’attaque sans se cacher aux ONG locales « anti-israéliennes » comme B’Tselem ou des groupes liés au BDS (Boycotte, désinvestissement, sanctions). « A de nombreuses reprises, ces organisations passent la journée entière aux côtés de soldats israéliens à attendre en retenant leur souffle quelques actions qu’ils pourraient manipuler dans le but de calomnier l’armée », est-il écrit dans la présentation du projet de loi. Robert Ilatov parle alors de ces enregistrements comme d’un phénomène préoccupant qui prendrait de l’ampleur.

« Si l’occupation est trop embarrassante… »

Sur la forme, les ONG incriminées ne contestent pas. Leurs réseaux sociaux, ceux de B’Tselem par exemple, regorgent de vidéos montrant des «mauvais» comportements présumés de soldats. Usage d’une force excessive, abus d’autorité ou plus grave encore. Ce texte de loi a ainsi été déposé quelques semaines après la libération anticipée après neuf mois de prison d’un soldat israélien reconnu coupable d’avoir achevé un assaillant palestinien blessé. C’était un cameraman palestinien de B’Tselem qui avait filmé la scène à Hébron en Cisjordanie. De quoi alors raviver les tensions internes et écorner l’image d’Israël à l’International.

« Si le gouvernement trouve l’occupation trop embarrassante pour être filmée, il devrait travailler à y mettre fin et non pas s’attaquer aux photographes », lance Amit Gilutz, porte-parole de B’Tselem, cité dans le Washington Post. L’ONG assure d’ores et déjà que l’adoption de ce projet de loi ne changera rien à son mode d’action, jugé comme l’arme principale pour mettre les soldats israéliens devant leurs responsabilités et témoigner de la réalité de l’occupation.

« On sape l’un des piliers de la démocratie »

« C’est le jeu, estime Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du nord de Human Rights Watch joint par 20 Minutes. On vit dans un monde où les caméras se sont généralisées. Quand ce ne sont pas les caméras de surveillance qui filment, ce sont les journalistes, les représentants d’ONGs, les citoyens tout simplement, qui enregistrent les comportements des forces de l’ordre. Israël n’échappe pas à ce phénomène. »

Eric Goldstein rappelle que l’armée israélienne aussi filme et diffuse les images qui l’arrangent. « Les régimes autoritaires cherchent toujours à discréditer ces nouvelles sources d’information en prétendant qu’elles colportent des « fake news », poursuit-il. Il est regrettable de voir qu’un état comme Israël tente d’engager une telle politique. On sape un des piliers d’une démocratie qui est la libre circulation des informations. »

Ce projet de loi ne s’appliquerait pas aux journalistes des grands médias [« mainstream journalists »], précise Guy Camelmacher, porte-parole de Robert Ilatov. Il se pourrait aussi que le texte de loi, auquel le gouvernement israélien a donné son feu vert, soit adouci au cours des délibérations de la Knesset, de manière à ce qu’il puisse recevoir l’approbation du ministère de la Justice.

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