Changement de nom de la Macédoine: Athènes et Skopje passent un accord

DIPLOMATIE Depuis l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, la Grèce refusait de reconnaître la Macédoine sous ce nom pour des raisons historiques et territoriales. Le pays devrait être renommé « Macédoine du nord »…

20 Minutes avec AFP

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Le 17 juin, les deux ministres des Affaires étrangères macédonien et grec, sous les yeux de leurs chefs de gouvernement respectifs, ont signé un accord sur la dénomination de la Macédoine.
Le 17 juin, les deux ministres des Affaires étrangères macédonien et grec, sous les yeux de leurs chefs de gouvernement respectifs, ont signé un accord sur la dénomination de la Macédoine. — Sakis MITROLIDIS / AFP

Ce n’est pas un petit accord que les ministres grec et macédonien des Affaires étrangères, Nikos Kotzias et Nikola Dimitrov, ont signé dimanche. C’est un accord historique pour rebaptiser l’actuelle ex-république yougoslave de Macédoine (Arym) en «Macédoine du Nord», lui dégageant la voie vers l'Union européenne (UE) et l'Otan.

« Nous faisons ce jour notre devoir patriotique (…), un pas historique pour refermer les plaies du passé, ouvrir la voie à la coopération pour nos pays, les Balkans et toute l’Europe », a déclaré Alexis Tsipras, le premier ministre  grec. « Ce pas ne doit pas rester suspendu (…) car nous donnons un exemple pour construire l’avenir contre la haine », a-t-il ajouté.

Encore quelques obstacles

L’accord, prévu pour entrer en vigueur sous six mois, doit lever le verrou grec à l’entrée de Skopje dans l’UE et l’Otan. Mais il doit auparavant, côté macédonien, être ratifié par le Parlement, approuvé par référendum et acté par une révision constitutionnelle. Si le règlement trébuchait, l’intégration euro-atlantique de Skopje serait stoppée, a prévenu M. Tsipras.

L’accord est d’une « importance stratégique et peut déplacer des montagnes » a répondu le premier ministre social-démocrate macédonien Zoran Zaev. Le compromis a été débloqué par son arrivée au pouvoir en 2017, succédant à la droite nationaliste. L’inquiétude européenne face à l’influence russe dans la région a aussi été déterminante, selon les analystes, pour solder cette querelle, une des dernières héritées du démantèlement de la Yougoslavie.

L’ombre d’Alexandre le Grand

Depuis l’indépendance de son voisin en 1991, la Grèce s’opposait à ce qu’il garde le nom de Macédoine, discernant des visées territoriales sur sa province septentrionale du même nom, berceau de l’empire d’Alexandre le Grand.

La Macédoine a été admise à l’ONU en 1993 sous le nom provisoire d’Arym mais plus de 140 pays, dont la Russie et les États-Unis, l’ont reconnue sous le nom de « République de Macédoine ». Skopje espère désormais obtenir une date pour l’ouverture de pourparlers d’adhésion à l’UE lors d’un sommet européen fin juin et mi-juillet une invitation à rejoindre l’Otan.

Les droites des deux pays opposées à l’accord

Les deux jeunes Premiers ministres devront compter avec les vives résistances de leur opposition de droite et des franges nationalistes de l’opinion publique. Au moment de la signature, des heurts ont opposé la police anti-émeutes à des manifestants grecs près du village de Pisoderi, à 25 km des lieux de la cérémonie. Six policiers et six manifestants ont été blessés lorsque quelque 500 manifestants brandissant des drapeaux grecs ont tenté de s’approcher de la cérémonie.

Côté macédonien, à Skopje dans la soirée des affrontements ont éclaté entre forces de l’ordre et quelque 2 000 protestataires devant le parlement qui ont fait une dizaine de blessés dont sept policiers, selon l’agence étatique MIA.