VIDEO. Sauvetage de migrants: «S'il y a un bateau en détresse, tous ont l'obligation de lui rendre assistance»

FAKE OFF Les opérations des ONG et des agences européennes sont encadrées par les gardes-côtes italiens...

Mathilde Cousin

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Des migrants à bord de «l'Aquarius», le 12 juin.
Des migrants à bord de «l'Aquarius», le 12 juin. — KENNY KARPOV/SOS MEDITERR/SIPA
  • Des ONG, des bateaux affrétés par l’UE et des navires marchands viennent régulièrement en aide aux migrants en détresse en Méditerranée.
  • Une situation qui soulève des interrogations chez des internautes mais aussi chez des sites classés à l’extrême-droite, pour qui ces opérations de sauvetage soutiennent les actions illégales des passeurs.
  • Les opérations de sauvetage sont encadrées par un cadre légal.

Depuis le début de l’année, un peu plus de 37.000 personnes ont gagné l’Europe par la mer, souvent sur des embarcations de fortune appartenant à des passeurs. 784 auraient péri noyées. Des ONG, mais aussi des navires marchands ou des gardes-côtes leur viennent en aide. Une situation qui soulève des interrogations chez des internautes et mais aussi chez des sites classés à l’extrême-droite, pour qui ces opérations de sauvetage soutiennent les actions illégales des passeurs. 20 Minutes répond aux principales interrogations.

Qui vient en aide aux migrants en détresse ?

Les ONG s’occupent de 40 % des opérations de sauvetage, selon Antoine Laurent, responsable des opérations maritimes de l’ONG SOS Méditerranée, qui gère L’Aquarius. Les gardes-frontières italiens, l’agence européenne Frontex (qui supervise le fonctionnement des contrôles aux frontières extérieures de l’UE), les navires de l’opération européenne Sofia et les navires marchands sont les autres acteurs de ces sauvetages.

Quatre ONG (Sea Watch, Sea Eye, Pro Activa Open Arms et SOS Méditerranée) opèrent actuellement six bateaux destinés au sauvetage. Deux ONG disposent en plus d’avions pour du repérage. Ces six navires ne naviguent pas tous en même temps sur zone.

Pourquoi des ONG, les autorités européennes mais aussi des navires marchands viennent-ils en aide aux bateaux en détresse ?

« Toutes les opérations de sauvetage sont faites en respect de la loi de la mer, développe Frontex pour 20 Minutes. S’il y a un bateau en détresse, tous ont l’obligation de lui rendre assistance ». Une convention de 1974 renforce cet usage. Selon ce texte international, les capitaines ont obligation de se porter au secours de personnes en détresse. Une deuxième convention datant de 1979 prévoit que « quel que soit l’endroit où un accident se produit, le sauvetage des personnes en détresse en mer soit coordonné par une organisation de recherche et de sauvetage ».

Les ONG agissent-elles comme elles le souhaitent ?

« Rien n’est fait sans l’aval des autorités », affirme Antoine Laurent à 20 Minutes. L’Aquarius opère ses sorties sous la responsabilité des garde-côtes italiens regroupés dans le MRCC, le centre de coordination de sauvetage maritime, installé à Rome. L’ONG ne choisit pas non plus le port qui va accueillir les migrants : c’est le ministère de l’Intérieur italien qui s’en charge. « On sort de la responsabilité du MRCC quand le dernier réfugié sort du bateau », détaille Antoine Laurent. Les relations peuvent parfois être houleuses avec Rome. Dernier exemple en date :  le refus de l'Italie et de Malte d’accueillir 629 migrants recueillis par L’Aquarius. Le bateau devrait finalement rejoindre le port de Valence, en Espagne, dimanche matin.

C’est ce même centre de coordination qui contacte les bateaux de Frontex pour que ceux-ci interviennent sur zone.

Dans quelles zones les opérations de sauvetage se déroulent-elles ?

L’Aquarius opère dans les eaux internationales, jusqu’à la limite des eaux libyennes, située à douze milles des côtes. Frontex, par l’intermédiaire de l’opération Thémis, intervient à l’intérieur des eaux territoriales italiennes, une large zone s’étendant de la Sardaigne à l’Adriatique. Vingt-sept pays de l’UE collaborent dans cette opération, qui est centrée sur la sécurité. « Nous avons besoin de pouvoir vérifier qui vient en Europe », détaille Frontex. L’agence européenne opère aussi à terre.

Pourquoi l’UE forme-t-elle des gardes-côtes libyens ?

En février 2017, la déclaration de Malte est venue renforcer la coopération entre Libye et l’UE. Les 28 se sont engagés à continuer à former les gardes-côtes libyens et à leur fournir du matériel. Le but ? Endiguer les flux migratoires depuis la Libye vers l’Italie, démanteler le modèle économique des passeurs et mettre en place des structures et des conditions d’accueil adaptées pour les migrants en Libye.

Frontex opère également contre les passeurs « en recueillant des informations » de la part des migrants. « On les transmet ensuite aux autorités nationales », ajoute l’agence.

Combien de migrants ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe en 2018 ?

Un peu plus de 37.000, selon les données de l'Agence des Nations Unies pour les Réfugiés, un nombre en baisse par rapport à l’année dernière. Les Syriens représentent 22 % des arrivées, suivis des Irakiens (11 %), des Tunisiens (7,6 %) et des Erythréens (7,2 %).

Selon Antoine Laurent, les personnes qui se trouvent en Libye, pour beaucoup, « ne cherchent pas à aller en Europe. Certains y sont pour chercher un travail, d’autres ont besoin de fuir leur pays à cause d’un conflit. Ces gens sont poussés vers le nord, pas attirés ». Le responsable humanitaire insiste sur les conditions de vie inhumaines des migrants en Libye et sur l’opportunisme des passeurs, qui profitent de la vulnérabilité des migrants. Il est difficile d’intercepter les passeurs en raison de leur profil : ce ne sont pas de gros réseaux de criminalité, mais plutôt des « familles » ou des « milices », d’après Antoine Laurent.

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