La fumée, les flammes... Une survivante raconte l'incendie de la tour Grenfell à Londres

FAITS DIVERS L’incendie, qui s’est produit dans un immeuble du quartier de Kensington et Chelsea, avait fait 71 morts dans la nuit du 13 au 14 juin 2017…

20 Minutes avec AFP

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Les ruines de la Grenfell Tower située dans le district de North Kensington à Londres.
Les ruines de la Grenfell Tower située dans le district de North Kensington à Londres. — Frank Augstein/AP/SIPA

Un an après l’incendie de la Grenfell Tower à Londres, la douleur est toujours aussi vive pour les rescapés. Kerry O’Hara, une résidente du sixième étage de la tour ravagée par les flammes, a raconté ce qu’elle a vécu ce soir-là. Elle était sur le point de se coucher, en cette nuit du 13 au 14 juin 2017, lorsqu’elle a senti une odeur de brûlé.

Kerry, 53 ans, qui vit seule dans un appartement de la tour de 24 étages, avec son chat Rosie, se rend alors à la fenêtre, et réalise rapidement que son immeuble est la proie d’un redoutable incendie. « Les gens me disaient de sauter », raconte-t-elle devant une tasse de thé, dans un centre de soutien aux résidents, à quelques jours du premier anniversaire de cette tragédie qui a fait 71 morts dans le quartier de Kensington et Chelsea, à l’ouest de Londres.

Son dernier souvenir : le chat sur son canapé, la regardant

« Un pompier m’avait dit de ne pas bouger. Il disait qu’il viendrait me chercher à un moment ou à un autre. Mais moi, je n’arrêtais pas de courir en criant « Aidez-moi ». J’étais hystérique ».

La peur finit par l’emporter, Kerry décide de passer outre les consignes des pompiers. Elle rassemble quelques affaires et quitte son appartement, horrifiée de devoir laisser son chat derrière elle. Son dernier souvenir en quittant l’appartement, où elle habitait depuis près de deux décennies : le chat sur son canapé, la regardant.

« Dans l’escalier, je n’arrêtais pas de crier « A l’aide ! » »

Sur le palier, Kerry découvre avec horreur l’épaisse fumée qui remplit la seule cage d’escalier de cet immeuble de logements sociaux. « Il faisait si sombre et il y avait tellement de fumée que j’ai dû me frayer un chemin à tâtons dans le couloir. Dans l’escalier, je n’arrêtais pas de crier « A l’aide ! » ». Elle parvient finalement à descendre jusqu’au deuxième étage, où elle tombe sur des résidents et des pompiers, qui l’emmènent en lieu sûr.

« Je suis contente de ne pas avoir suivi cette consigne [de confinement des pompiers] et je déteste penser à ce qui se serait passé si je n’avais pas bougé », dit Kerry, alors qu’un récent rapport d’experts critique la stratégie des pompiers. « J’avais peur et je savais que je devais sortir. Je ne voulais pas mourir là-dedans. »

Le syndrome du « cœur brisé »

Après l’incendie, Kerry passe d’hôtels en foyers, avant d’être finalement relogée, par le conseil municipal local, propriétaire de la tour, dans un appartement flambant neuf avec balcon, à plusieurs kilomètres à l’ouest du sinistre. Elle fait partie des 82 foyers qui ont obtenu un nouveau logement, sur les 203 dans le besoin à la suite de l’incendie.

Depuis la tragédie, elle souffre d’une maladie cardiaque, le syndrome du « cœur brisé », classiquement dû à un choc émotionnel intense, et suit un traitement médicamenteux. Elle a néanmoins trouvé un motif de joie, après un coup de téléphone deux mois après l’incendie d’un vétérinaire lui annonçant qu’un chat doté d’une micro-puce avait été retrouvé. Son chat, miraculeux survivant de l’enfer.