VIDEO. Rencontre Trump/Kim: «La rencontre est historique mais la route est encore longue pour la dénucléarisation»

ENTRETIEN Donald Trump et Kim Jong-un ont affiché leur entente pour «tourner la page du passé» mardi lors d'un sommet historique...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin 2018.
Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin 2018. — Evan Vucci/AP/SIPA
  • Donald Trump et Kim Jong-un se sont rencontrés mardi lors d'un sommet historique.
  • Cette entretien a abouti à la signature d'un document commun, mais sans percée majeure sur l'arsenal nucléaire de la Corée du Nord.
  • 20 Minutes a interrogé le spécialiste du pays Antoine Bondaz.

Une poignée de main historique. Donald Trump et Kim Jong-un ont affiché leur entente pour «tourner la page du passé» mardi lors d’un sommet historique. Cette rencontre a abouti à la signature d’un document commun dans lequel le dirigeant nord-coréen s’engage pour une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ».

Le président américain a-t-il réussi son pari ? « Il faut rester prudent », répond Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et enseignant à Sciences-Po, spécialiste de la Corée du Nord.

Peut-on parler d’acte historique ?

La rencontre en soi est historique, mais la déclaration qui vient d’être annoncée, qui est politique et pas un accord technique, est, elle, décevante. Le document commun est d’ailleurs beaucoup moins contraignant et engageant que certains accords passés. Mais il faut s’en réjouir car ça permet de donner un cadre aux négociations futures et assure à court terme une relative stabilité dans la péninsule.

Interrogé sur la dénucléarisation, le président américain a assuré que ce « processus » pourrait désormais commencer « très rapidement »…

Il faut relativiser cette déclaration. Depuis les années 1990, la Corée du Nord a pris de nombreux engagements sur cette dénucléarisation. Ce fut le cas notamment en 1992 lors d’une déclaration conjointe avec la Corée du Sud. La seule chose nouvelle ici est d’avoir ajouté le mot « complet » à la dénucléarisation, et de parler, c’est une concession américaine, de la dénucléarisation complète de la Corée et pas seulement du Nord. Ce qui ne se trouve pas dans l’accord, en revanche, c’est que la dénucléarisation doit être « vérifiable et irréversible », seuls termes connus dans le cadre du Conseil de sécurité de l’ONU [formule qui signifie l’abandon des armes et l’acceptation d’inspections, qui était une exigence américaine avant la rencontre].

Il y a encore quelques mois, Donald Trump menaçait le président Nord-coréen sur Twitter… Comment expliquer ces avancées ?

Premièrement, la Corée du Sud a servi d’intermédiaire entre les deux en rendant sur le plan politique ce sommet possible. Les Etats-Unis ont aussi mis en œuvre une politique de pression maximale, incitant la Corée du Nord à revenir à la table des négociations. Mais surtout, la Corée du Nord a avancé son programme nucléaire et balistique et a annoncé en novembre dernier qu’elle avait complété ses forces nucléaires. Pour Kim Jong-un, ce sommet lui permet d’obtenir une stature internationale et renforce sa légitimité en interne. Donald Trump montre, lui, qu’il est capable de se défaire d’accords de ses prédécesseurs mais aussi d’en signer de nouveaux.

Finalement, la méthode Trump n’est-elle pas en train de faire taire toutes les critiques ?

Pour l’instant, il n’y a pas encore de vraies réussites. On est dans la bonne direction, mais les négociations ne font que commencer. On reste sur des déclarations d’intention mais il n’y a pas de gestes politiques concrets de la part de Pyongyang. La prochaine étape est en juillet avec le 65e anniversaire de l’armistice de Panmunjeom [fin de la Guerre de Corée], et en automne avec un sommet intercoréen. Nous sommes dans la bonne direction mais la route est encore longue et sinueuse pour parvenir à la dénucléarisation.