Droits de l'homme en Tunisie: «Les progrès n'existent que sur le papier»

TROIS QUESTIONS A Denis Robiliar, ancien président d'Amnesty International France et spécialiste de la Tunisie…

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Le président français Nicolas Sarkozy a entamé lundi sa visite d'Etat en Tunisie par un bain de foule millimétré et la signature d'accords et de contrats commerciaux, avant de rendre hommage aux efforts de Tunis sur le terrain controversé des droits de l'Homme.
Le président français Nicolas Sarkozy a entamé lundi sa visite d'Etat en Tunisie par un bain de foule millimétré et la signature d'accords et de contrats commerciaux, avant de rendre hommage aux efforts de Tunis sur le terrain controversé des droits de l'Homme. — Patrick Kovarik AFP
Trois questions à Denis Robiliar, ancien président d'Amnesty International France et spécialiste de la Tunisie alors que Nicolas Sarkozy achève mercredi une visite polémique dans ce pays du Maghreb.
 
Nicolas Sarkozy a affirmé que «l'espace des libertés progressait» en Tunisie lors de sa visite. Est-ce vrai?

Sur le papier oui. Il existe en Tunisie des institutions qui sont censés se préoccuper des Droits de l'homme. Ainsi peut-on noter la présence de l'équivalent en France de la commission nationale consultative aux Droits de l'homme et d'un coordinateur aux Droits de l'homme au sein du ministère de la Justice. Mais dès qu'une enquête se déplace sur un terrain sensible, ces institutions ne bougent pas. Dans la réalité donc, la situation des Droits de l'homme ne s'est certes pas empirée mais elle ne s'est sans doute pas améliorée non plus.
 
Concrètement, quelles sont les principales violations des Droits de l'homme?
L'un des principaux soucis est la torture alors que la Tunisie a ratifié la Convention internationale contre la torture. Lorsqu'il y a supputations de tortures, les juges d'instruction tunisiens ne mènent jamais d'enquêtes. Quelques policiers ont bien été poursuivis pour «usage abusif de la force» mais cela est resté très limité. La loi de décembre 2003 contre le terrorisme permet en outre d'appréhender certaines personnes et de les maintenir au secret hors de tout cadre légal. Au bout de deux à trois semaines de tortures et d'aveux arrachés, ils sont replacés dans un cadre procédural normal. La date et leur lieu d'arrestation sont alors falsifiés pour effacer la parenthèse extra-légale. Mais par ailleurs, les libertés d'expression et d'association sont régulièrement bafouées, notamment lorsqu'il s'agit des activités des associations qui se battent justement contre la torture. Quant à la justice, son indépendance n'est pas assurée. Lorsque les magistrats du siège font preuve de trop d'autonomie, ils sont inquiétés.
 
La position de Nicolas Sarkozy vous surprend-elle? S'explique-t-elle par le fait que la plupart des opposants tunisiens soient des islamistes?
Il est malheureusement dans la continuité de ses prédécesseurs. On se souvient de Jacques Chirac en 2003 qui, alors que l'avocate Radia Nasraoui effectuait une grève de la faim, s'était contenté d'affirmer que le premier des Droits de l'homme est celui de manger. Mais si l'on regarde les promesses électorales de Nicolas Sarkozy, il ne les respecte pas du tout. C'est une chose de ne rien dire au sujet des Droits de l'homme et une autre d'affirmer de façon mensongère qu'ils progressent! La dénonciation de la torture devrait s'appliquer dans tous les cas, quelles que soient les personnes mises en cause. Même s'il s'agit d'islamistes ou de gens suspectés de l'être.