Afghanistan: Pour la première fois depuis 2001, les talibans acceptent un cessez-le-feu

RAMADAN Les talibans ont annoncé samedi trois jours de cessez-le-feu avec les forces afghanes...

B.C. avec AFP

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Pigeons devant la mosquée Shah-Do Shamshira de Kaboul (Afghanistan) le 5 juin 2018
Pigeons devant la mosquée Shah-Do Shamshira de Kaboul (Afghanistan) le 5 juin 2018 — Rahmat Gul/AP/SIPA

C’est un cessez-le-feu de seulement trois jours mais il est historique. Pour la première fois depuis le début de la guerre en Afghanistan, les talibans ont annoncé samedi trois jours de cessez-le-feu avec les forces afghanes, pour la fin du ramadan. Cette annonce intervient deux jours après celle d’un cessez-le-feu unilatéral formulé par le président afghan Ashraf Ghani.

Les talibans ont toutefois ajouté, dans un communiqué diffusé via WhatsApp, qu’ils continueraient leurs opérations contre les « forces occupantes » étrangères dans le pays et qu’ils se défendraient « avec virulence » s’ils sont attaqués : « Tous les moujahidines ont pour ordre de cesser les opérations offensives contre les forces afghanes durant les trois premiers jours de l’Aid-el-Fitr. »

Un cessez-le-feu après une fatwa

C’est la première fois depuis 17 ans et l’intervention d’une coalition internationale menée par les Etats-Unis qui les avait chassés du pouvoir que les talibans décrètent un quelconque cessez-le-feu. Le général américain John Nicholson, commandant des forces de l’OTAN en Afghanistan dont les Américains constituent la majorité, a également annoncé que celles-ci « honoreraient » la trêve, de laquelle était exclue « la lutte anti-terroriste ».

Le président afghan Ashraf Ghani avait expliqué que son offre, inédite à l’occasion d’une fête religieuse, était consécutive « à la fatwa historique des oulémas afghans », qui ont décrété lundi le terrorisme contraire à l’Islam. Lundi, 3.000 oulémas de tout le pays se sont réunis pour publier une fatwa déclarant les attaques-suicide « haram », (interdites) et recommandant un cessez-le-feu aux belligérants.

Une heure après la publication de cette fatwa, en direct à la télévision, un kamikaze se revendiquant du groupe Etat islamique se faisait exploser à l’entrée de la tente où se tenait l’assemblée des religieux, faisant sept morts.

« Trop tôt pour être optimiste »

Fin février, lors d’une conférence régionale, le président Ghani a proposé des pourparlers de paix aux talibans, qui pourraient devenir un parti politique s’ils acceptent un cessez-le-feu et reconnaissent la Constitution de 2004.

Depuis, les intéressés n’ont pas répondu officiellement. Mais ils ont continué les attentats meurtriers, ciblant en priorité les forces de sécurité, police et armée depuis le début du ramadan, tout en continuant de se battre âprement dans les provinces de Farah (ouest) et Ghazni (centre-est).

L’analyste politique afghan Haroon Mir, « très heureux que les talibans aient répondu positivement » à l’offre du président Ghani, a toutefois estimé qu’il était « trop tôt pour être très optimiste », interrogé par l’AFP. « Nous ne savons pas ce qui se passera les jours précédents ou suivants » l’interruption des combats.

« Je ne pense pas que le réseau Haqqani sera partant » pour un cessez-le-feu, a confié un diplomate étranger à l’AFP, ajoutant qu’il ne serait « pas surpris si des incidents se produisent et qu’ils sont revendiqués par Daesh ».

Quelques heures avant qu’ils n’acceptent un cessez-le-feu temporaire, les talibans ont attaqué une base militaire dans l’ouest, tuant 17 soldats afghans, selon plusieurs responsables locaux. Les insurgés, qui ont revendiqué l’assaut, on fait état de 18 militaires tués.