Burundi: Le président Pierre Nkurunziza annonce qu'il ne sera pas candidat en 2020

ELECTIONS Cette annonce intervient alors que le pays vient d’adopter une nouvelle Constitution par référendum lui permettant de briguer deux nouveaux mandats de sept ans…

20 Minutes avec agences

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Le président du Burundi Pierre Nkurunziza, le 1er juillet 2015 à Bujumbura
Le président du Burundi Pierre Nkurunziza, le 1er juillet 2015 à Bujumbura — MARCO LONGARI AFP

Volte-face ou manœuvre politicienne ? Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, a annoncé ce jeudi qu’il ne sera pas candidat à sa succession en 2020. Il s’agit d’une surprise de taille alors que le pays vient d’adopter une nouvelle Constitution lui permettant de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2034.

« Notre mandat s’achève en 2020 », a déclaré le chef de l’Etat de 54 ans dans un discours prononcé en kirundi dans la localité de Bugendana (province de Gitega, centre), devant plusieurs milliers de personnes, les autorités du pays et le corps diplomatique.

Une grave crise politique

« En tant que Guide du CNDD-FDD [parti au pouvoir], je voudrais annoncer que je ne reviendrai pas sur ma parole », a-t-il affirmé. Car lors de sa réélection controversée pour un troisième mandat, en juillet 2015, il avait promis que ce serait son dernier mandat.

Depuis cette date, le Burundi est plongé dans une grave crise politique. Des violences ont fait au moins 1.200 morts et plus de 400.000 réfugiés entre avril 2015 et mai 2017, d’après les estimations de la Cour pénale internationale (CPI), qui a ouvert une enquête.

Une nouvelle Constitution

L’annonce de jeudi a d’autant plus surpris que Pierre Nkurunziza venait de promulguer la nouvelle Constitution, adoptée le 17 mai par référendum. Cette réforme ouvrait la possibilité au chef de l’Etat, au pouvoir depuis 2005, de briguer deux mandats de sept ans à partir de 2020 tout en renforçant ses pouvoirs.

« La nouvelle Constitution n’a pas été taillée sur mesure pour Pierre Nkurunziza comme le disent nos ennemis, a déclaré l’intéressé. Je me prépare à soutenir de toutes mes forces (…) le nouveau président que nous allons élire en 2020 ».

« Endormir l’opposition »

Reste à savoir désormais si le chef de l’Etat se conformera à sa promesse. « La parole de Pierre Nkurunziza, un homme qui vient d’enterrer l’Accord d’Arusha et la Constitution de 2005, ne vaut rien ! La promesse de partir en 2020 est une vaste blague pour endormir l’opinion », a réagi Pancrace Cimpaye, le porte-parole de la principale coalition d’opposition, la Cnared.

Pour ses critiques, ce référendum a cassé l’équilibre politico-ethnique garanti par l’accord de paix d’Arusha, signé en 2000. Cet accord avait ouvert la voie à la fin de la guerre civile (plus de 300.000 morts entre 1993 et 2006), en instaurant un système de partage du pouvoir entre les deux principales ethnies, Hutu et Tutsi.

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