« Je suis en colère contre Rama Yade »

Recueilli par Faustine Vincent - ©2008 20 minutes

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Eric Breteau

Président de l'Arche de Zoé.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur cette histoire ?

Toute cette affaire est une farce. Nous avons été instrumentalisés par le Tchad, et la France a très mal géré cette crise. On s'est retrouvé au centre d'une kabbale médiatique hors du commun. Plusieurs responsables politiques se sont contredits. Je vais intenter des actions contre certains.

Qui ?

La secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme, Rama Yade, entre autres. Je ne peux pas en dire plus. Disons moins de dix personnes, et pas seulement des politiques.

Des journalistes aussi ?

Joker !

Les cent trois enfants que vous vouliez transférer vers la France ont été remis à leurs familles. Six ont été identifiés comme Soudanais, les autres comme Tchadiens. Soutenez-vous encore que ce sont des orphelins du Darfour ?

Jusqu'à preuve du contraire, oui.

Vous pensez donc que ces enfants ont été remis à des familles qui ne sont pas les leurs ?

Je suis convaincu que oui. Mais je n'étais pas sur place quand cela s'est fait. On prétend que ce sont des enfants tchadiens mais il n'y a pas de preuves ! L'Unicef a promis un rapport, qui n'a jamais été rendu public, parce qu'il était destiné au Tchad. Pour une organisation prétendument « neutre », c'est très curieux. La Croix-Rouge internationale est aussi censée faire un rapport. Il n'a pas non plus été publié, s'il existe [Le CICR, l'Unicef et le HCR ont effectivement fait une enquête conjointe, à la demande des autorités tchadiennes, non rendue publique].

Vous affirmez que la France avait manifesté de l'« intérêt » et assuré une « passivité bienveillante » pour votre opération. Quel intérêt aurait-elle eu à vous soutenir ?

Laurent Contini, un conseiller de Bernard Kouchner, estimait comme moi que cette opération représentait une opportunité politique pour le ministre des Affaires étrangères : il aurait pu retrouver une crédibilité sur le Darfour après son échec des corridors humanitaires et monter à la tribune de l'ONU.

N'est-ce pas farfelu ?

Non. C'est logique, car c'est l'essence même de notre opération : pas seulement évacuer des enfants mais aussi créer un incident diplomatique entre la France et le Soudan pour faire avancer la cause du Darfour.

Qu'attendiez-vous de la France ?

Qu'elle soit prête à agir le jour J. Mais quoi qu'il en soit, cette opération allait se faire, avec ou sans elle. On n'a jamais eu l'accord de la France pour mener à bien cette mission, car il n'y a pas de formulaire à remplir : c'est une opération hors norme ! Mais on a averti les autorités, qui se sont montrées complaisantes, excepté Rama Yade.

Vous êtes particulièrement virulent à son égard...

Je lui en veux, car elle a piétiné les droits de l'homme et la présomption d'innocence. En déclarant, après notre arrestation, que l'opération était « illégale et irresponsable », elle a donné le feu vert au Tchad pour nous lyncher. Sous Jacques Chirac, je suis sûr qu'on aurait pu arriver en France avec les enfants, parce qu'il avait des liens privilégiés avec le président Idriss Déby. Il n'aurait pas laissé enfermer injustement six Français dans les geôles tchadiennes. Nicolas Sarkozy n'a pas été à la hauteur. C'était plus efficace avant.

Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui ?

Je vis au jour le jour. Mais je reste mobilisé pour le Darfour.

Vous risquez de ne plus être écouté sur ce sujet...

C'est possible, mais avec Emilie [Lelouch, sa compagne], on est déterminés.

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