Japon: Des entreprises instaurent des «calendriers de grossesse» pour leurs employées

GROSSESSE Certaines employées japonaises sont sommées de respecter un ordre de priorité pour démarrer une grossesse et retardent donc leur maternité ou quittent leur emploi si elles attendent un enfant…

20 Minutes avec agences

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Illustration d'une femme enceinte au travail.
Illustration d'une femme enceinte au travail. — Caiaimage / Rex Feature/REX/SIPA

Le mari d’une puéricultrice japonaise a récemment dénoncé dans une lettre adressée au quotidien Mainichi Shimbun le « calendrier de grossesse » imposé aux femmes par certains employeurs du pays. Le système consiste à instaurer entre les employées un ordre que ces dernières doivent suivre pour tomber enceintes.

L’idée est de ne pas déstabiliser l’organisation d’une société ou d’un service avec plusieurs absences simultanées dans un Japon où l’importante dénatalité est pourtant problématique.

« Le lieu de travail appartient aux hommes »

L’épouse de l’auteur de la lettre avait dû s’excuser auprès de la directrice de la crèche où elle travaillait car elle attendait un enfant alors que c’était au tour d’une de ses collègues d’être enceinte. Beaucoup de Japonais ne trouvent rien à redire à la situation. A commencer par les futures mères elles-mêmes.

« Ce n’est pas si rare, c’est une pratique courante dans les lieux de travail où œuvrent des jeunes femmes. Elles ne trouvent pas cela injuste, elles culpabilisent plutôt à l’idée de s’absenter pour cause de maternité. (…) Aussi bien les femmes que les hommes estiment que le lieu de travail appartient aux hommes et qu’il est naturel que les femmes le quittent durant leur grossesse », explique Kanako Amano de l’institut de recherche NLI. Sans compter que pour les jeunes mères de retour au travail, les obstacles et harcèlements sont nombreux.

Moins d’un million de naissances en 2017

Conséquence, les femmes abandonnent ou retardent leur projet de grossesse. D’autres quittent leur emploi si elles attendent un enfant. Avec à la clé un impact sur la dénatalité. Le Japon a ainsi enregistré moins d’un million de naissances en 2017, soit la moitié du chiffre d’il y a 50 ans. Pour une population pourtant plus importante.

Reste que l’instauration d’un calendrier de grossesse pour les employées est illégale au regard de la loi japonaise. Mais ce type d’organisation n’est jamais officiel et les priorités sont établies verbalement. La pratique est donc rarement dénoncée et demeure impunie.

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