Allemagne: Un ambassadeur américain accusé d'ingérence, tensions avec les Etats-Unis

DISGRACE Richard Grenell, proche de Donald Trump, prend beaucoup de place sur la scène diplomatique allemande, ce qui agace le pouvoir...

L.Br. avec AFP

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Richard Grenell, ambassadeur américain en Allemagne, le 8 mai 2018 à Berlin.
Richard Grenell, ambassadeur américain en Allemagne, le 8 mai 2018 à Berlin. — Odd ANDERSEN / AFP

Les relations diplomatiques entre l’Allemagne et les Etats-Unis ne sont pas au beau fixe. Et ce, à cause d’un ambassadeur américain, pris en grippe par les officiels allemands.

Un membre du gouvernement allemand a accusé mardi le nouvel ambassadeur américain à Berlin d’ingérence dans les affaires intérieures du pays. Les partis de gauche ont été jusqu’à réclamer le renvoi de ce fidèle de Donald Trump, mais Washington a défendu sa « liberté d’expression ».

Richard Grenell « s’immisce dans nos affaires intérieures », a critiqué Peter Beyer, coordinateur des relations transatlantiques au sein du gouvernement d’Angela Merkel, dans un entretien à un journal régional, le Rheinische Post. « Il devrait être attentif au fait que nous considérons ses débuts en tant qu’ambassadeur comme difficiles », a ajouté ce responsable conservateur. Ambiance.

Renvoi direct à Washington

Richard Grenell est dans le collimateur du pouvoir allemand pour avoir déclaré au site américain d’extrême droite Breitbart vouloir « soutenir » la droite dure en Europe. « Nous vivons un réveil de la majorité silencieuse, ceux qui rejettent les élites et leur bulle », a-t-il ensuite précisé sur Twitter. Il en a profité pour faire la publicité de Trump, tout en niant vouloir appuyer des partis ou candidats lors d’élections dans le Vieux Continent.

Le responsable social-démocrate Martin Schulz, ex-président du Parlement européen, a demandé mardi son renvoi pur et simple à Washington. « Si l’ambassadeur allemand à Washington disait qu’il était en poste pour renforcer le Parti démocrate, il serait immédiatement renvoyé », a-t-il dit à l’agence DPA, après avoir accusé Richard Grenell d’agir comme « un officier colonial d’extrême droite » sur Twitter.

A Washington, on plaide la « liberté d’expression » de l’ambassadeur. « Les ambassadeurs ont le droit d’exprimer leur opinion », s’est bornée à répondre la porte-parole de la diplomatie américaine Heather Nauert. « Il y a parfois des opinions que l’on peut aimer ou pas », a-t-elle ajouté. « Je crois que l’ambassadeur Grenell n’a fait que souligner qu’il y a des partis et des candidats qui s’en sortent bien en Europe en ce moment, rien de plus », a poursuivi Heather Nauert.

Des rencontres avec des dirigeants étrangers

Berlin a déjà demandé lundi, à la suite de l’interview à Breitbart, « une clarification » à Richard Grenell. Ce dernier est aussi accusé par ses détracteurs de se comporter en « vice-chancelier » allemand, en organisant des rencontres avec des dirigeants étrangers de premier plan de passage à Berlin : il a ainsi organisé lundi une entrevue avec Benjamin Netanyahou, en visite en Allemagne, qui sortait tout juste d’une rencontre avec Angela Merkel.

Longtemps freinée par le Sénat américain, la nomination de cet ancien porte-parole de la mission américaine à l’ONU sous l’administration Bush est intervenue seulement fin avril. L’opposition démocrate lui reprochait notamment des tweets sexistes. Ces accrocs n’aident pas à améliorer les relations déjà très tendues entre l’Allemagne et les Etats-Unis, en pleine guerre des taxes sur les exportations européennes.

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