Italie: Le nouveau gouvernement en cinq questions

POLITIQUE Le président Mattarella a validé la liste des membres de l’équipe gouvernementale âprement négociée par le Mouvement Cinq Etoiles (antisystème) et la Ligue (extrême droite)…

20 Minutes avec AFP

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Giuseppe Conte, le nouveau Premier ministre italien.
Giuseppe Conte, le nouveau Premier ministre italien. — AFP

L’Italie s’est dotée jeudi soir d’un gouvernement populiste après un compromis trouvé entre les chefs de file du Mouvement Cinq Etoiles (antisystème) et de la Ligue (extrême droite). Le président Sergio Mattarella a validé la liste des membres de l’équipe gouvernementale âprement négociée par les deux alliés pour appliquer le programme anti-austérité et sécuritaire sur lequel ils s’étaient accordés il y a près de deux semaines.

Longévité, euro, direction… On vous détaille, en cinq questions, le tout nouveau gouvernement d’union italien dirigé par Giuseppe Conte et formé par le Mouvement 5 étoiles (M5S), tout jeune ovni politique, et la Ligue, parti sécessionniste converti au nationalisme.

L’Italie va-t-elle sortir de l’euro ?

Les deux partis ont violemment critiqué l’euro, mis noir sur blanc une éventuelle sortie de la zone monétaire dans les ébauches de leur programme commun et défendu bec et ongles la présence dans leur gouvernement de Paolo Savona, un économiste qui considère l’euro comme « une prison allemande ». Mais ni la Ligue ni le M5S ne prônent une sortie unilatérale. Selon plusieurs sondages récents, entre 60 et 70 % des Italiens y sont opposés.

En revanche, la Ligue estime que l’euro est « une expérience économique et sociale erronée ». Elle prône une série de réformes et, à terme, une sortie coordonnée avec d’autres pays. Et le programme commun, résolument anti-austérité, risque de faire des étincelles avec les partenaires de l’eurozone.

Les marchés financiers vont-ils s’affoler ?

Les remous de la campagne électorale puis la perspective d’un retour aux urnes en l’absence de majorité ont provoqué quelques tensions sur les marchés financiers. Le programme commun très peu orthodoxe des deux partis a provoqué une poussée de fièvre, qui s’est fortement accentuée avec la perspective d’élections anticipées lors de l’échec de la première tentative de gouvernement de Giuseppe Conte.

Le spread - l’écart entre les taux d’emprunt italien et allemand à dix ans - a dépassé les 300 points en début de semaine, contre 130 il y a trois semaines, avant de commencer à redescendre à la reprise des tractations M5S/Ligue. En 2011, il avait frôlé les 600 points, poussant Silvio Berlusconi vers la sortie.

Cette alliance peut-elle tenir longtemps ?

Les deux chefs de file, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, martèlent qu’ils comptent gouverner pendant cinq ans.

Cependant, la majorité du M5S et de la Ligue est étroite : 32 voix à la Chambre des députés et une petite dizaine au Sénat, alors que les deux chambres ont les mêmes pouvoirs. Il leur faudra bien tenir l’ensemble de leurs élus, même ceux qui ne voient pas l’alliance d’un bon œil.

Qui est réellement aux commandes ?

Luigi Di Maio peut s’appuyer sur les plus de 32 % obtenus par son parti, contre 17 % pour la Ligue. Mais Matteo Salvini, tribun efficace et déterminé encore en pleine ascension dans les sondages, a su s’imposer comme le patron de la politique italienne. Et son autorité au sein de son parti est bien plus affirmée que celle de Luigi Di Maio au M5S, dont Beppe Grillo reste le gourou.

L’influence de Silvio Berlusconi, l’allié de Matteo Salvini avec lequel Luigi Di Maio ne voulait même pas parler, reste aussi une inconnue. Après deux mois de blocage, le vieux milliardaire avait donné son feu vert à l’alliance. Mais redevenu éligible juste après et furieux des mesures judiciaires du programme commun, il a promis « une opposition raisonnable et critique ».

Quel sera le rôle du président ?

En refusant de nommer au ministère de l’Economie et des Finances Paolo Savona, un économiste eurocritique, le président Sergio Mattarella, élu par un Parlement majoritairement de centre gauche, a obligé les deux alliés à laisser une place dans leur équipe gouvernementale à des personnalités capables de rassurer Bruxelles.

Ces dernières semaines, Sergio Mattarella a aussi rappelé qu’il pouvait renvoyer au Parlement toute loi dont le poids sur le budget ne serait pas compensé. Et garant des engagements internationaux de l’Italie, il restera vigilant sur le respect des traités, en particulier européens, ainsi que sur l’ancrage historique de l’Italie au sein de l’Otan.