Sommet avec Kim Jong-un annulé: «Donald Trump a fait preuve d'arrogance»

INTERVIEW Même si la porte des négociations restent ouverte, l'expert de la région Van Jackson est pessimiste...

Propos recueillis par Philippe Berry

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Donald Trump et Kim Jong Un. AP Photo/Manuel Balce Ceneta, Korea Summit Press Pool via AP, File.
Donald Trump et Kim Jong Un. AP Photo/Manuel Balce Ceneta, Korea Summit Press Pool via AP, File. — Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

Coup de bluff pour faire pression sur Kim Jong-un ou coup de poker pour sauver la face, l’avenir le dira. Alors que Donald Trump a décidé, à la surprise quasi-générale – y compris celle de Séoul et de Tokyo – d’annuler le sommet de juin prochain, Pyongyang a dénoncé vendredi une décision « extrêmement regrettable ». Si la Corée du Nord assure être toujours ouverte au dialogue, Van Jackson, maître de conférences à l’université Victoria de Wellington et expert de la région Asie-Pacifique avertit : « On risque de reparler de guerre préventive ».

L’annulation de ce sommet, à qui la faute ?

Tout le monde et personne. Le président sud-coréen Moon Jae-in voulait marquer des points avec sa base en amenant la paix dans la péninsule mais il a joué sur les mots en affirmant que Kim Jong-un était prêt à l’impossible avec la dénucléarisation. Les commentateurs optimistes et les médias ont fait preuve de naïveté en y croyant. Le secrétaire d’Etat Mike Pompeo a été manipulé par Kim Jong-un. Le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, a mis le feu aux poudres [en comparant la dénucléarisation avec la Libye]. Et Donald Trump a fait preuve d’arrogance en ignorant l’histoire et en pensant qu’il était capable de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. De l’autre côté, ce n’est la faute de personne : il y a un conflit d’intérêts stratégiques irréductible, et le spectre d’un conflit restera tant que le conflit ne sera pas résolu.

Est-ce que Kim Jong-un en ressort plus fort ?

Oui. Il avait quatre objectifs : solidifier son pouvoir face à de possibles adversaires, développer une force de dissuasion, améliorer la qualité de vie de son peuple et élever la position de la Corée du Nord sur la scène internationale en tant que puissance nucléaire. Mission accomplie pour ce dernier point. Mais s’il en ressort gagnant pour le moment, à terme, tout le monde risque d’être perdant.

Quelle est la prochaine étape ?

En début d’année, les Etats-Unis étaient en train de rassembler une coalition pour imposer un blocus maritime contre la Corée du Nord, dans le cadre de l’application des sanctions. La détente des jeux olympiques a changé la donne mais l’idée va sans doute être remise sur la table. Pyongyang a averti que cela serait un acte de guerre. Historiquement, la Corée du Nord y répond par des provocations : tests nucléaires ou de missiles, cyberattaques, actes de guérilla. Sans sommet en vue, on risque de reparler de l’hypothèse d’une guerre préventive côté américain. Les prochains mois s’annoncent périlleux.