VIDEO. Russie: Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, un face-à-face entre Jupiter et le tsar

REPORTAGE Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se sont longuement entretenus ce jeudi à Saint-Pétersbourg, début de la première visite officielle du président français en Russie…

Laure Cometti

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Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, le 24 mai 2018, à Saint-Pétersbourg, en Russie.
Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, le 24 mai 2018, à Saint-Pétersbourg, en Russie. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Réunis à Saint-Pétersbourg pour leur troisième rencontre, les présidents russe et français se sont donné de petits gages de bonne volonté.
  • Les « convergences » les plus importantes selon l’Elysée ont eu lieu sur les dossiers syrien et iranien.
  • Les deux dirigeants, s’ils entretiennent des échanges « directs et francs », cultivent des styles bien différents.

De notre envoyée spéciale à Strelna (Russie),

Vladimir Poutine balaie de la main l’imprenable vue sur le golfe de Finlande, devant Emmanuel et Brigitte Macron, souriants, suivis de près par deux interprètes, devant des dizaines de caméras et d’appareils photo. C’est dans le palais Constantin, au sud de Saint-Pétersbourg, que la première visite officielle du président français en Russie a commencé ce jeudi après-midi sous un soleil radieux.

Elle a été conçue comme le « miroir » de la première rencontre entre les deux chefs d’Etat, il y a un an, sous les ors de Versailles. C’est l’un des architectes du château du Roi Soleil qui a ensuite dessiné les plans du palais Constantin, à la demande de Pierre Le Grand. Ça raille pas mal du côté de la presse hexagonale : « C’est quand même moins beau que Versailles ». Les Français râlent toujours, c’est bien connu. Et puis le palais a été sérieusement amoché pendant la Seconde guerre mondiale, avant d’être restauré en 2001, à l’initiative de Vladimir Poutine.

Un tête-à-tête de plus de deux heures

Ça tombe bien, en matière de restauration, la relation franco-russe a bien besoin d’un ravalement. Le climat ne cesse de se dégrader entre Moscou et les Européens depuis l’affaire Skripal. Emmanuel Macron et Vladimir Poutine n’ont pas compté leur temps : ils se sont entretenus en tête-à-tête pendant deux heures et quart, alors qu’une heure était prévue à l’agenda. « Personne n’avait le droit de rentrer dans la pièce pour les interrompre », précise l’Elysée. Pendant ce temps, Brigitte Macron, faute de Première dame russe, s’était éclipsée pour visiter la très touristique forteresse Pierre-et-Paul.

Mais de quoi ont parlé les deux chefs d’Etat pendant ces deux longues heures ? Des échanges économiques et culturels croissants entre les deux pays (et qui seront renforcés par la signature d’une cinquantaine d’accords), mais aussi de cyberattaques, des droits de l’homme et de culture, indique la présidence.

Rien de nouveau sur la crise ukrainienne

Quant aux dossiers internationaux, Emmanuel Macron avait déclaré avant leur entretien qu’il voulait des « initiatives communes » entre Paris et Moscou « sur l’Ukraine, le Moyen-Orient, l’Iran ». Il y a eu « une convergence sur les deux derniers thèmes », indique l’Elysée.

Mais apparemment pas d’avancée sur la crise ukrainienne, que le président français avait pourtant volontairement citée en premier, devant les caméras, tandis que son homologue restait impassible. Comme une réplique au pied de nez du chef du Kremlin, qui a inauguré il y a une semaine un pont reliant la Crimée, annexée en 2014 par Moscou, à la Russie, au grand dam de l’Union européenne. Les deux hommes ne sont pas du genre à céder. Emmanuel Macron a d'ailleurs prévu de rencontrer vendredi des représentants de la société civile russe, pour ne pas dire des ONG ou des opposants à l'homme fort du Kremlin.

Macron enthousiaste, Poutine impassible

Leurs styles s’opposent aussi : lors de la conférence de presse commune tenue dans la soirée, Vladimir Poutine a fait un discours bref et sobre pour résumer avec pragmatisme leurs discussions. Avant d’écouter, toujours aussi impassible, son homologue qui s’est lancé dans un discours bien plus long et un peu plus enthousiaste, louant des échanges « très fructueux » et citant comme à son habitude d’abondantes références historiques ou littéraires. Ambitieux, Emmanuel Macron veut convaincre le patron du Kremlin que « la France est un partenaire européen crédible » (sinon le seul ?).

Sur le fond, c’est sans surprise sur le nucléaire iranien que les « points d’accord » ont été les plus concrets. Sur la Syrie, les deux dirigeants ont réaffirmé leur convergence sur la résolution politique de la crise. Pas d’annonce révolutionnaire donc, mais de (tout) petits pas vers le renforcement des relations entre Paris et Moscou, malgré les nombreux sujets qui fâchent. C’est dans l’intérêt des deux présidents à la recherche de rayonnement sur la scène internationale.