Ramadan: Des ONG tunisiennes réclament la liberté de ne pas jeûner

RELIGION Chaque année, des Tunisiens sont arrêtés pour avoir mangé ou fumé en public durant le ramadan…

20 Minutes avec agences
Une femme musulmane prépare le repas de l'aïd el-fitr, le 18 septembre 2009 à Mulhouse.
Une femme musulmane prépare le repas de l'aïd el-fitr, le 18 septembre 2009 à Mulhouse. — SEBASTIEN BOZON / AFP

Dans une lettre ouverte, un collectif d’associations tunisiennes a appelé les autorités à protéger « la liberté de conscience et de religion » en autorisant à manger ou fumer en public durant le ramadan, qui a débuté ce jeudi.

Chaque année, des Tunisiens sont en effet arrêtés durant le jeûne, en vertu de textes flous sur l’outrage aux bonnes mœurs et de circulaires remontant à plusieurs dizaines d’années. En juin dernier, cinq personnes avaient ainsi été condamnées à un mois de prison pour avoir mangé ou fumé en public.

Une atteinte aux libertés individuelles selon les associations

Une députée avait interrogé l’an dernier le ministère de l’Intérieur sur une circulaire de 1981 ordonnant la fermeture des cafés durant le ramadan. La réponse ambiguë des autorités, qui a circulé ces derniers jours dans les médias tunisiens, a créé la polémique.

Le ministère y justifie la fermeture des cafés par le risque de choquer les jeûneurs et de provoquer des attentats, tout en assurant qu’il n’y avait pas de poursuite contre les cafés ouvrant dans la discrétion ni contre ceux qui mangent en public.

Déplorant le « déni » du ministère de l’Intérieur, les organisations appellent les autorités « à faire cesser toutes les atteintes aux libertés individuelles ».

Le collectif prêt à saisir la justice

La Ligue tunisienne des droits de l’Homme, l’Association tunisienne des femmes démocrates et diverses associations de défense des minorités font partie des signataires.

Dans la lettre ouverte adressée au président Béji Caïd Essebsi, au Parlement, au chef du gouvernement Youssef Chahed ainsi qu’au pouvoir judiciaire, les organisations soulignent qu’elles sont prêtes à saisir la justice pour « faire respecter » ces libertés garanties par la Constitution de 2014.

Aucune loi n’interdit en effet de manger ou boire en public en Tunisie durant le ramadan. Mais face aux contrôles récurrents, cafés et restaurants ferment ou dissimulent leur vitrine durant la journée.

#fater, le hashtag des non jeûneurs

Sous le hashtag #fater, des non jeûneurs échangent sur les réseaux sociaux des informations sur les lieux qui restent ouverts.


Le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de religion, Ahmed Shaheed, a loué le mois dernier la « vision progressiste » de la Tunisie tout en notant la persistance de « restrictions », citant notamment l’arrestation de non-jeûneurs durant le ramadan.