La Colombie aujourd'hui (1/6): L’élection présidentielle, tournant historique vers la droite?

POLITIQUE A l'occasion de l'élection présidentielle colombienne, dont le 1er tour est prévu le 27 mai, 20 Minutes vous propose toute la semaine une série d'articles pour mieux cerner la situation dans ce pays...

Caroline Girardon

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Manifestation des supporteurs d'Ivan Duque, candidat de droite. Favori pour la la Présidentielle, il a remporté le 12 mars les élections législatives.
Manifestation des supporteurs d'Ivan Duque, candidat de droite. Favori pour la la Présidentielle, il a remporté le 12 mars les élections législatives. — Fernando Vergara/AP/SIPA
  • A l’occasion de la Présidentielle en Colombie, 20 Minutes vous propose cette semaine une série d'articles pour mieux cerner les enjeux du scrutin.
  • Le 1er tour est prévu le dimanche 27 mai.
  • Favori des sondages, Ivan Duque, candidat de la droite, promet de réviser les accords de paix en cas d’élection à la tête du pays.

 De notre envoyée spéciale en Colombie,  

Vers une alternative ? Le 27 mai, les Colombiens sont appelés aux urnes pour élire le successeur de Manuel Santos à la tête du pays. Après deux mandats, il ne peut se représenter. L’enjeu est crucial : la Colombie  reste confrontée au trafic de drogue et doit consolider les accords de paix  signés avec les FARC en novembre 2016. Des accords très fragiles à l’heure actuelle.

Aux jeux des pronostics, Ivan Duque fait figure de favori. Le Centre démocratique, dont il défend les couleurs, s’est largement imposé lors des élections législatives du 12 mars. Les sondages le donnent gagnant. Fin avril, l’avocat de 41 ans, soutenu par l’ancien président Alvaro Uribe, était crédité de 41 % des intentions de vote au premier tour. Soit dix points de plus que son principal challenger, Gustavo Petro, candidat de la gauche, ancien maire de Bogota et ex-guerillo du M-19.

A man walks by in front of political advertising of the Colombian presidential candidate Gustavo Petro of the Colombia Humana party, in Cali, Colombia on May 11, 2018. / AFP PHOTO / Christian EscobarMora
A man walks by in front of political advertising of the Colombian presidential candidate Gustavo Petro of the Colombia Humana party, in Cali, Colombia on May 11, 2018. / AFP PHOTO / Christian EscobarMora - AFP

Le peuple avait dit non aux accords de paix

Sa victoire signifierait un tournant. L’homme fort de la droite dure, qui n’a jamais caché son hostilité envers les communistes et les Farc [guérilla d’obédience marxiste] et qui s’est ouvertement opposé aux accords de paix, promet de les réviser en cas de victoire. «  La démocratie colombienne n’a pas voulu de cet accord. Elle a voté contre et pourtant le président Santos les a fait passer [ ce qui lui a valu le prix Nobel de la Paix en 2016]. C’est la première fois qu’on méconnaît la décision d’un vote dans le pays », justifie Camilo Gomez, proche d’Ivan Duque. Le 3 octobre 2016, la population, consultée dans le cadre d’un référendum, s’est prononcée à 50,2 % contre les accords de paix.

« Si Ivan Duque remporte l’élection, il y a fort à parier qu’il modifiera une partie de ces accords, comme les réformes électorales et agraires visant à combattre les inégalités. Mais il ne reviendra pas sur le processus de démobilisation militaire qui a déjà été engagé », avance Yann Basset, politologue et enseignant en sciences politiques à l’université Rosario de Bogota, rappelant que le calme est revenu dans la plupart des départements du pays.

Les électeurs de droite davantage mobilisés

« Il est vrai que le processus n’a pas été conçu tel que l’imaginaient les démobilisés. Certains sont repartis dans les montagnes pour continuer la lutte. La violence est toujours présente près des frontières et dans la zone Pacifique mais il s’agit de groupes sporadiques. Et à l’échelle du pays, la situation s’est apaisée », poursuit-il.

Selon lui, l’issue du scrutin ne fait aucun doute. « Il y a encore en Colombie une vaste hégémonie uribiste. Duqué, héritier désigné par Uribe, a le soutien d’une majorité des votants ayant voté Non aux accords de paix. Gustavo Petro, qui a fait une bonne campagne séduit davantage les jeunes. Mais ses électeurs ne sont pas ceux qui se déplacent le plus aux urnes ». Un handicap pour le candidat de gauche sachant que la Colombie est l’un des pays d’Amérique latine enregistrant les plus forts taux d’abstention.

Reste à savoir si la possible élection d’Ivan Duque à la tête de la Colombie pourrait inciter les FARC à se rebeller, voire à repartir dans les montagnes. « Il n’est guère probable que la guerre reparte. Timochenko (ancien leader des FARC qui s’est retiré de la Présidentielle à la suite d’un infarctus), lui-même, a assuré qu’ils ne reprendront jamais les armes. La plupart suivront ses consignes », répond Yann Basset.

Demain, retrouvez le deuxième épisode de notre série sur la Colombie : "Les victimes, les grandes oubliées du conflit armé"