Corée du Nord: Un ex-diplomate qui a fui le régime s'est dit peu confiant sur la dénucléarisation du pays

NUCLEAIRE Le sommet entre la Corée du Nord et les Etats-Unis se tiendra le 12 juin à Singapour, la dénucléarisation devrait être au cœur des débats…

20 Minutes avec AFP

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Thae Yong-ho, qui a fui la Corée du Nord, s'exprime le 14 mai 2018 à Séoul.
Thae Yong-ho, qui a fui la Corée du Nord, s'exprime le 14 mai 2018 à Séoul. — JUNG YEON-JE / AFP

Un transfuge nord-coréen s'est dit peu confiant ce lundi dans la dénucléarisation du pays. Cette déclaration intervient en amont du sommet historique prévu le mois prochain entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président américain Donald Trump.

L'effervescence diplomatique actuelle ne débouchera pas sur «un désarmement complet et sincère» mais simplement sur «une menace nucléaire nord-coréenne réduite», a estimé Thae Yong-ho, l'ex-ambassadeur adjoint de Corée du Nord en Grande-Bretagne qui avait fait défection en août 2016.

«Au bout du compte, la Corée du Nord restera une puissance nucléaire travestie en Etat non nucléaire», a-t-il ajouté dans un entretien avec l'agence sud-coréenne Newsis.

Des effets sur le peuple nord-coréen

Lors du sommet qui se tiendra le 12 juin à Singapour en présence des Etats-Unis, la question des programmes balistique et nucléaire nord-coréens devrait figurer en bonne place des discussions.

Le mois dernier, lors de leur propre sommet, les deux Corées s'étaient engagées derrière l'objectif de dénucléarisation de la péninsule. Pyongyang vient d'annoncer qu'il démantèlerait fin mai son seul site connu d'essais nucléaires mais n'a pas précisé publiquement les concessions qu'il propose.

Washington exige une «dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible (DCVI)» de la Corée du Nord et affirme que la vérification est essentielle.

Mais, pour Thae Yong-ho, l'un des transfuges les plus gradés à avoir fait défection ces dernières années, «la Corée du Nord va faire valoir que le processus de désarmement nucléaire débouchera sur son effondrement et va s'opposer à la DCVI».

L'ancien gradé estime que le rapprochement en cours est probablement motivé par le fait que les sanctions commencent à avoir des effets sur le peuple nord-coréen. Depuis 2017, les sanctions concernent des secteurs comme le charbon, la pêche, le textile et les travailleurs à l'étranger.

Assurer le pouvoir absolu à Kim Jong-un

«La Corée du Nord n'avait pas prévu la puissance destructrice des sanctions», dit-il. «Elles menacent les conditions de vie de millions de Nord-Coréens». Pyongyang a une longue habitude de promettre des choses qui n'arrivent pas, a-t-il cependant prévenu.

«La diplomatie nord-coréenne, c'est l'alternance entre la ligne dure et l'apaisement. C'est sa tactique, aller au bord de la confrontation extrême puis tout d'un coup faire des gestes de paix».

A ses yeux, il est essentiel pour le Nord d'assurer à Kim Jong-un le «pouvoir absolu» et lui conserver le modèle de transmission héréditaire des rênes du pays. Pyongyang va s'opposer à des inspections intrusives «qui seraient perçues comme une manière de porter atteinte au pouvoir absolu de M. Kim sous les yeux des Nord-Coréens ordinaires et de l'élite».

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