Accord sur le nucléaire iranien: Trois questions autour du retrait américain

DIPLOMATIE Donald Trump a annoncé mardi le retrait de son pays de l’accord sur le nucléaire européen signé en juillet 2015 après de longues années de négociation. Un pas en arrière lourd de conséquences ?...

F.P.

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Donald Trump quitte la conférence de presse lors de laquelle il vient d'annoncer le retrait des Etats-Unis de l'Accord sur le nucléaire iranien, le  8 mai 2018 à la Maison Blanche.
Donald Trump quitte la conférence de presse lors de laquelle il vient d'annoncer le retrait des Etats-Unis de l'Accord sur le nucléaire iranien, le 8 mai 2018 à la Maison Blanche. — SAUL LOEB / AFP

« Aujourd’hui, nous avons la preuve définitive que la promesse iranienne était un mensonge ». Partant de cette assertion, Donald Trump a annoncé mardi leretrait pur et simple des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le retour à l’ère des sanctions économiques contre la République islamique et les entreprises étrangères faisant affaire avec elle.

Ce n’est pas une surprise, Donald Trump ayant fait de ce retrait une promesse de campagne. Mais ce pas en arrière pourrait avoir des conséquences considérables. 20 Minutes vous aide à y voir plus clair.

Que dit cet accord de 2015 sur le nucléaire iranien et pourquoi il est historique ?

Cet accord est historique aux regards des douze années de négociations qui ont été nécessaires pour l’obtenir. L’arrangement d’une centaine de pages a été signé le 14 juillet 2015, à Vienne, entre l’Iran et les pays du « P 5+1 », soit les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie) plus l’Allemagne. Il est entré en vigueur six mois plus tard en janvier 2016.

L’accord vise à lever progressivementles sanctions qui pesaient depuis des années sur l’Iran. Celles instaurées par les États-Unis dès 1979 ou celles imposées par les Nations Unies entre 2006 et 2010 ou l’Union européenne en 2007 alors que l’Iran était sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, désireux de reprendre le programme d’enrichissement d’uranium iranien en dépit des pressions internationales. Il s’agit de sanctions commerciales, financières, bancaires en passant par sur un embargo sur les armes ou sur le pétrole. Depuis 1995, par exemple, les Etats-Unis empêchaient le commerce du pétrole avec l’Iran, en interdisant aux compagnies du monde entier d’investir dans l’industrie pétrolière iranienne sous peine de sanctions commerciales.

En échange de la levée de ces sanctions, la République islamique s’engage à limiter ses activités nucléaires et à ne pas chercher à se doter de l’arme atomique. Dans le détail, l’accord exige de l’Iran qu’il divise par deux le nombre de ses centrifugeuses en activité servant à enrichir l’uranium et à ne pas dépasser ce nombre pendant dix ans. Il lui fallait aussi modifier son réacteur à eau lourde d’Arak, de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire. Enfin, l’accord prévoit également des visites régulières, sur tous les sites nucléaires iraniens, par les inspecteurs de l’ AIEA (Agence internationale pour l’énergie atomique).

Quelle est la « preuve définitive » dont parle Donald Trump ?

« Donald Trump fait référence à une soi-disant preuve qu’a mis en exergue Benjamin Netanyahu, lors d’une conférence de presse il y a quelques jours », explique Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE), contacté par 20 Minutes. Le 30 avril dernier, le premier ministre israélien assurait en effet que les services secrets israéliens disposaien t de « preuves concluantes » d’un plan secret que l’Iran pouvait activer à tout moment pour se doter de la bombe atomique.

Rien de neuf à l’horizon s’était empressé de souligner, sur Twitter, Rob Malley, ancien conseiller du président Barack Obama. « Ces documents avaient déjà été présentés en 2011, donc avant l’accord sur le nucléaire de 2015 et à une époque où l’Iran était toujours sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad », confirme Emmanuel Dupuy.

La vraie question est alors de savoir si la République islamique a activement cherché depuis 2015 à se doter de l’arme nucléaire et ainsi à enfreindre l’accord international. Benjamin Netanyahu n’apporte pas d’élément sur ce point. « Les dix derniers rapports de l’AIEA et les onze dernières visites sur place de leurs inspecteurs indiquent pour leurs parts que l’Iran s’est parfaitement conforté au contenu de l’accord de 2015 », reprend Emmanuel Dupuy.

Cet accord de 2015 peut-il survivre au retrait américain ?

C’est toute la question aujourd’hui. Sur le papier, l’accord de 2015 reste valable, les Etats-Unis n’étant que l’un des sept pays signataires. Et il le restera tant l’Iran ne s’en retire pas ou n’en respecte plus les termes. Mais si la République islamique n’en tire plus aucun bénéfice, plombée par les dures sanctions rétablies par Donald Trump, cet accord n’aura plus guère d’avenir.

D’où l’empressement de pays européens à trouver une sortie à cette crise diplomatique. Les ministres français, britannique et allemand des Affaires étrangères rencontreront lundi prochain des représentants de Téhéran pour voir comment préserver cet accord après le retrait américain. Emmanuel Macron doit lui s’entretenir ce mercredi après-midi avec son homologue iranien, Hassan Rohani, pour lui faire part de sa volonté de rester dans l’accord et l’appeler à faire de même.

En parallèle, Bruno Le Maire, ministre de l’économie, doit aussi avoir un entretien téléphonique d’ici la fin de la semaine avec Steven Mncuchin, le secrétaire d’État au Trésor américain, pour étudier avec lui les possibilités d’éviter les sanctions américaines. Parmi les solutions envisagées, le ministre évoque des « clauses grand-père » (clause d’antériorité) et des « exemptions ».

Israël, l'Arabie Saoudite mais aussi les Emirats arabes unis et Bahreïn ont rapidement apportés leur soutien au retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien, soulignant une décision courageuse.