Les Tunisiens boudent les urnes pour les premières municipales démocratiques depuis la révolution

DECEPTION Seul un électeur sur trois s’est rendu aux urnes dimanche, une abstention massive qui sonne comme un désaveu pour la classe politique…

20 Minutes avec AFP
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Une Tunisienne montre son doigt bleuté, coloré par l'encre, une preuve de son vote dimanche 6 mai.
Une Tunisienne montre son doigt bleuté, coloré par l'encre, une preuve de son vote dimanche 6 mai. — HAMMI MOHAMMED/SIPA

Echec cuisant pour les premières élections législatives depuis la révolution en Tunisie. Seul un électeur sur trois s’est rendu aux urnes dimanche, une abstention massive qui sonne comme un désaveu pour la classe politique aux manettes depuis le Printemps arabe.

Les résultats officiels ne seront connus que dans les jours à venir, mais les chiffres de l’abstention ont été donnés rapidement. « On peut parler de victoire de l’abstention et des listes indépendantes », si les premières estimations se confirment, a ainsi déclaré à l’AFP la politologue Nessryne Jelalia.

« Une abstention de sanction »

En raison de leur éparpillement, aucune de ces listes non partisanes ne semble cependant remettre en cause la prédominance du parti Nidaa Tounès, fondé en 2012 par l’actuel président Béji Caïd Essebsi, et des islamistes d'Ennahdha.

Les électeurs ont adressé « un message clair envers les partis » établis, selon Nessryne Jelalia, qui note « la fuite de l’électorat vers des listes ne s’affichant pas comme partisanes » et « une abstention de sanction ». 

Si la percée des indépendants se confirme, « cela montre qu’un renouveau se met en place, même si les partis parviennent à maintenir leur assise », estime pour sa part le politologue, Youssef Cherif.

Des Tunisiens désenchantés 

Pour le secrétaire général de la puissante syndicale UGTT, Noureddine Taboubi, « les Tunisiens sont en colère contre tous les politiciens ». Il a de nouveau appelé à un remaniement, estimant « nécessaire de pomper du sang neuf dans les articulations de l’Etat ».

La presse souligne le désenchantement des Tunisiens sept ans après la chute de la dictature de Zine el-Abidine Ben Al, entre hausse des prix, crises politiques à répétition et corruption. La Tunisie a connu neuf gouvernements en sept ans, et la timide reprise de la croissance, à 2 % en 2017, ne suffit pas à enrayer un chômage élevé et une inflation qui continue à grimper.

Pour le quatrième scrutin organisé dans le pays depuis la révolution, et le premier au niveau local, la participation n’a atteint que 33,7 % au niveau national et seulement 26 % à Tunis, selon l’instance en charge des élections, l’Isie. Lors des dernières élections nationales, le taux de participation avait dépassé les 50 %.