Italie: Le président va donner un gouvernement «politiquement neutre», faute de majorité

DISCUSSIONS Deux mois après la victoire de la coalition de droite et d'extrême droite, menée par la Ligue, aux législatives, le président italien est face à un casse-tête pour former un gouvernement…

L.C. avec AFP
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Matteo Salvini, chef de la Ligue, et Silvio Berlusconi, président de Forza Italia, le 7 mai 2018 à Rome.
Matteo Salvini, chef de la Ligue, et Silvio Berlusconi, président de Forza Italia, le 7 mai 2018 à Rome. — Ettore Ferrari/AP/SIPA

Les forces politiques italiennes défilaient une dernière fois ce lundi dans le bureau du président de la République, Sergio Mattarella. En vain. Après les élections législatives, aucune majorité politique ne se dessine et il a annoncé qu'il proposerait un gouvernement «politiquement neutre» pour diriger le pays jusqu'en décembre, faute d'accord sur une majorité parlementaire entre les forces politiques.

Sans préciser encore qui pourrait prendre la tête de ce gouvernement, il a appelé les partis à faire preuve de «responsabilité» en soutenant cette solution, faute de quoi il convoquerait de nouvelles élections «à l'automne ou en juillet». Le président italien a précisé que si une majorité politique devait se dessiner dans les prochains mois, le gouvernement «neutre» démissionnerait aussitôt.

Le président de la République italienne Sergio Mattarella est face à un casse-tête.
Le président de la République italienne Sergio Mattarella est face à un casse-tête. - Ettore Ferrari/AP/SIPA

La Ligue et le M5S refusent un gouvernement technique

Après deux mois de tractations, les positions exprimées en fin de matinée avaient confirmé l’impasse entre la coalition de droite, arrivée en tête avec 37 % des voix et menée par la Ligue (extrême droite), le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), premier parti avec plus de 32 %, et le Parti démocrate (PD, centre gauche), tombé à 19 %.

Reçu en premier, Luigi Di Maio, chef de file du M5S, s’est dit à nouveau prêt à renoncer à briguer le poste de chef du gouvernement pour favoriser un accord avec la Ligue. « Je suis disposé à choisir un Premier ministre tiers qui ferait un contrat de gouvernement [avec la Ligue] contenant impérativement trois éléments : une loi anticorruption sérieuse, le revenu de citoyenneté [le cheval de bataille du M5S] et l’abolition de la loi Fornero » reculant l’âge de la retraite, a déclaré Luigi Di Maio.

«Il faut retourner aux urnes» assure le M5S

Il a assuré que le M5S se refusait en revanche à soutenir un gouvernement technique qui serait « là uniquement pour boucler des comptes ». Si aucune majorité ne se dessine, « il faut retourner aux urnes », a-t-il martelé.

Le chef de la Ligue, Matteo Salvini, qui cherche lui aussi à éviter un gouvernement technique, s’est déclaré prêt, après l’entrevue avec le président Mattarella, à « donner vie à un gouvernement qui commencerait à résoudre les problèmes du pays ». La coalition vise ainsi à la création d’un gouvernement minoritaire, assurant pouvoir trouver dans les rangs des autres formations les quelques dizaines d’élus qui lui manquent pour obtenir la confiance au Parlement.

Vers de nouvelles élections ?

Selon les médias italiens, il est improbable que le chef d’Etat donne à Matteo Salvini le mandat pour former un gouvernement sans la certitude que ce dernier dispose d’une majorité parlementaire. Le président italien se prépare plutôt à nommer un gouvernement technique sur le modèle de celui de l’économiste Mario Monti (2011-2013). Il serait chargé de gérer le pays, de lui rendre la voix qu’il a perdue ces derniers mois sur la scène internationale et de tenir au moins jusqu’à l’adoption du budget.

Le président Sergio Mattarella veut en confier la direction à une personnalité neutre mais compétente, peut-être une femme. La presse se perd en conjectures et aligne les noms, tous inconnus du grand public, sans qu’aucun ne sorte du lot pour l’instant. Quelqu’un d'« un peu pop » et convaincant, assure cependant Il Messaggero.

Le chef par interim du PD, Maurizio Martina, reçu en fin de matinée, a déclaré que son parti soutiendrait l’initiative du président. Mais Luigi Di Maio avait prévenu dimanche qu’un tel gouvernement n’aurait « pas assez de voix » au Parlement.

Une impasse politique

Le président « n’a pas beaucoup d’options », a noté Lina Palmerini, experte politique du quotidien Il Sole 24 Ore. « Si le Parlement rejette le gouvernement du président, la situation sera très difficile ». Selon Lorenzo Pregliasco, cofondateur de l’agence d’analyse politique Quorum/YouTrend, « selon les sondages, il est peu probable que de nouvelles élections changent les rapports de forces. Et nous avons fait des simulations avec d’autres systèmes électoraux comme celui en Espagne : personne n’aurait eu la majorité ».

Vendredi, le comique Beppe Grillo, fondateur et gourou du M5S, a brouillé un peu plus les cartes en relançant l’idée d’un référendum sur une sortie de l’euro, pourtant officiellement enterrée par le mouvement sous l’égide de Luigi Di Maio. « Grillo a toujours été un esprit libre », a tenté d’expliquer ce dernier.