Une Tunisienne dans les rues de Tunis regarde les panneaux électoraux, le 5 mai 2018.
Une Tunisienne dans les rues de Tunis regarde les panneaux électoraux, le 5 mai 2018. — Hassene Dridi/AP/SIPA

POLITIQUE

Tunisie: Les premières municipales de l'après-révolution

Plus de 57.000 candidats sont en lice, dont la moitié de femmes et de jeunes...

C’est une journée importante pour la démocratie Tunisienne. Les Tunisiens ont commencé à voter dimanche pour les premières élections municipales depuis la révolution de 2011, un scrutin jugé crucial pour enraciner au niveau local le processus démocratique mais accueilli sans ferveur dans l’unique pays rescapé du Printemps arabe.

Ce dimanche, les 11.185 bureaux de vote du pays accueilleront jusqu’à 18h les Tunisiens qui éliront leurs conseillers municipaux à la proportionnelle à un tour. Ces conseillers devront ensuite élire les maires d’ici la mi juin. Quelque 60.000 policiers et militaires ont été mobilisés : la Tunisie demeure sous état d’urgence depuis une série d'attentats djihadistes​ meurtriers en 2015. Plus de 57.000 candidats sont en lice, dont la moitié de femmes et de jeunes. Sur les 2.074 listes en course, 1.055 sont issues de partis, 860 indépendantes et 159 de coalition.

« C’est un droit mais aussi un devoir »

A l’ouverture, à 8h, une quinzaine d’électeurs se sont présentés dans un bureau du centre de Tunis : à l’image de la campagne, l’enthousiasme est apparu moindre qu’en 2011, et la foule moins nombreuse que lors des élections législatives et présidentielle de 2014. Une forte abstention est ainsi pressentie. Les résultats ne sont eux attendus qu’au cours des prochains jours. « C’est un droit mais aussi un devoir », a de son côté affirmé un électeur, Ridha Kouki, 58 ans. « Même si on n’a pas beaucoup d’espoir, et si les projets sont vides, je viens quand même accomplir mon devoir », a-t-il ajouté.

Sept ans après la révolution, qui avait suscité de nombreux espoirs, beaucoup de Tunisiens se disent démobilisés en raison d’une inflation proche de 8 %, d’un chômage toujours aussi élevé et des « arrangements » entre partis dominants, aux premiers rangs desquels Nidaa Tounès -fondé par le président Béji Caid Essebsi- et les islamistes d’Ennahdha.

Des grandes attentes sur la propreté et les transports

De petites files d’électeurs se sont formées devant certains bureaux de vote avant l’ouverture. « Je suis là depuis 7h30 », a expliqué Chokri Haloui, 45 ans. « Le fait de voter me rend fier, c’est une lettre aux politiciens pour leur dire "nous avons voté, à vous de nous montrer ce que vous allez faire" », a-t-il dit en sortant tout sourire de l’isoloir.

Une partie de la population dit tout de même espérer une amélioration de son quotidien : propreté, transports et développement. Dans la foulée de la chute du régime de Zine Al Abidine Ben Ali en 2011, les municipalités avaient été dissoutes et remplacées par de simples « délégations spéciales », dont la gestion a été jugée défaillante au fil du temps. Certains attendent aussi que les localités soient rendues plus attractives pour les investisseurs, afin de relancer le développement.

Pour des experts, les deux poids lourds de la vie politique, Ennahdha et Nidaa Tounès, qui sont les seuls à avoir présenté des listes dans toutes les municipalités ou presque, pourraient rafler la mise. Ce scrutin doit malgré tout permettre de voir émerger une nouvelle génération d’élus. Il sera suivi de législatives et d’une présidentielle en 2019.