Liban: Des élections législatives pour la première fois depuis neuf ans

LIBAN Le scrutin ne devrait pas bouleverser les fragiles équilibres politiques d’un pays mis à rude épreuve par le tumulte régional...

M.C. avec AFP

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Les responsables des bureaux de vote reçoivent les urnes à la veille du scrutin à Beyrouth, le 5 mai 2018.
Les responsables des bureaux de vote reçoivent les urnes à la veille du scrutin à Beyrouth, le 5 mai 2018. — Fadi Tawil/AP/SIPA

Le nouveau Parlement devrait être dominé par les partis traditionnels, dont le puissant Hezbollah chiite, allié de la Syrie et de l’Iran. Les élections législatives ont débuté dimanche au Liban, les premières en près d’une décennie, mais le scrutin ne devrait pas bouleverser les fragiles équilibres politiques d’un pays mis à rude épreuve par le tumulte régional.

Les bureaux de vote ont ouvert à 7h locales (6h, heure de Paris) pour accueillir les quelque 3,7 millions d’électeurs, sous haute sécurité. Malgré l’heure matinale, des files s’étaient déjà formées dans la capitale Beyrouth devant plusieurs bureaux, et les principaux partis du pays avaient installé leur stand.

Un changement espéré mais difficile à concrétiser

Ces dernières années, le pays a connu des crises politiques à répétition, évitant, souvent de justesse, l’engrenage de la violence malgré une situation géographique sensible, entre la Syrie en guerre et Israël. Entre 20.000 et 30.000 policiers et soldats seront déployés pour sécuriser le vote, a annoncé le ministère de l’Intérieur, dans un pays frappé ces dernières années par des attentats meurtriers.

Avec une classe politique accusée de corruption et de népotisme, dominée depuis longtemps par les mêmes partis et incapable de relancer une économie brinquebalante, la population aspire à un changement qui semble difficile à concrétiser.

Devant un bureau de vote de la capitale, les forces de sécurité vérifient les cartes d’identité et indiquent aux électeurs par où entrer. « C’est la première fois que je vote », confie Thérèse, soixante ans, arborant un teint hâlé. « Je viens soutenir la société civile, parce que personne d’autre ne me plaît dans ce pays, même si je ne pense pas qu’ils vont gagner », poursuit-elle. « Je soutiens du sang frais ».

 

« Le Hezbollah bénéficiera de l’absence d’une large coalition face à lui »

 

Indépendamment de l’issue du scrutin, le Hezbollah, seule formation à ne pas avoir abandonné les armes après la guerre civile (1975-1990), devrait continuer de dominer le jeu politique, estiment les analystes. Le mouvement chiite devrait aussi profiter du morcellement du paysage électoral.

« Le nouveau Parlement ne sera pas une source de nuisance pour le Hezbollah. Il bénéficiera de l’absence d’une large coalition face à lui », confirme Imad Salamey, professeur de sciences politiques à l’Université libanaise américaine (LAU), à Beyrouth.

Les dernières législatives au Liban remontent à 2009. Le Parlement avait prorogé à trois reprises son mandat, invoquant notamment des risques sécuritaires liés au débordement de la guerre en Syrie. Quelque 597 candidats répartis en 77 listes sont en lice, pour des législatives organisées pour la première fois selon un mode de scrutin proportionnel.