VIDEO. Sommet intercoréen: «Les Corées reprennent leur destin en main»

ASIE L’historienne spécialiste de la péninsule coréenne Juliette Morillot décrypte le symbole de la rencontre entre les leaders du Nord et du Sud…

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

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Kim Jong-un et Moon Jae-in le 27 avril 2018 dans le village frontalier de Panmunjom.
Kim Jong-un et Moon Jae-in le 27 avril 2018 dans le village frontalier de Panmunjom. — AP/SIPA

C’est une image inédite, celle d’un dirigeant nord-coréen franchissant la frontière avec le Sud. Ce vendredi, Kim Jong-un et son homologue sud-coréen Moon Jae-in avaient rendez-vous avec l’Histoire pour un sommet au sujet de la dénucléarisation et la paix dans la péninsule.

Juliette Morillot, historienne spécialiste des deux pays, auteure avec le journaliste Dorian Malovic du Monde selon Kim Jong-un (éd. Robert Laffont, 2018) explique à 20 Minutes les ressorts de cette rencontre.

Est-ce une avancée en faveur de la paix entre les deux Corées ?

C’est clairement un pas vers l’apaisement des tensions dans la péninsule. L’extraordinaire de cet épisode, c’est que les Corées reprennent leur destin en main. Il y a un proverbe coréen qui dit que quand les baleines se battent, les crevettes ont le dos rompu. Les baleines, ce sont les grandes puissances, et les crevettes les petites. La péninsule coréenne a toujours été victime de conflits qui n’étaient pas les siens. La partition le long du 38e parallèle entre nord et sud montre bien qu’au sud, il y a les Etats-Unis​, et au nord, avant il y avait l’URSS, maintenant la Chine. Les Coréens refont l’histoire de leur pays en marginalisant un minimum la Chine, même si Kim Jong-un est probablement allé à Pékin rassurer sur ses intentions lors des sommets avec Moon Jae-in et Trump. Les crevettes reprennent leur destin en main.

Au-delà du symbole, qu’attendre de ce sommet entre les leaders coréens ?

Il y aura probablement une promesse de traité de paix, c’est un objectif commun aux deux Corées. Le Nord tient absolument à avoir une discussion, mais sans les Etats-Unis. Moon Jae-in a un énorme poids qui repose sur ses épaules, car il devra gérer Donald Trump. Ce sommet est une sorte de tremplin pour préparer le sommet Kim-Trump, car les tensions réelles sont entre Pyongyang et Washington. Peut-être y aura-t-il un geste fort, comme une démilitarisation de la zone coréenne démilitarisée (DMZ, paradoxalement hyper militarisée) ?

Cela pourrait enclencher une dénucléarisation ?

La semaine passée, la Corée du Nord n’a pas dit qu’elle se dénucléarisait, mais qu’elle arrêtait les essais, que son programme nucléaire et balistique est achevé. Il va falloir des gestes pour prouver ça, comme livrer un certain nombre de têtes nucléaires. En contrepartie, Kim Jong-un avait dit qu’il dénucléariserait si les conditions de survie du régime étaient garanties, ce qui ressemblerait à un pacte de non-agression de la part des Etats-Unis. C’est ce que demande la Corée du Nord depuis des années. Elle obtiendrait ce qu’elle veut depuis longtemps, tout en étant reconnue de facto comme une puissance nucléaire. Cela lui permet de négocier d’égal à égal avec Washington.

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