VIDEO. Comment les enquêteurs ont remonté la piste du Golden State Killer, 40 ans après

COLD CASE Un ancien policier de 72 ans est soupçonné d'être le tueur et violeur en série qui a terrorisé la Californie dans les années 1970-1980...  

Philippe Berry

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Joseph James DeAngelo, 72 ans, a été inculpé pour quatre meurtres et est soupçonné d'être le Golden State Killer, un tueur en série qui a sévi en Californie dans les années 1970.
Joseph James DeAngelo, 72 ans, a été inculpé pour quatre meurtres et est soupçonné d'être le Golden State Killer, un tueur en série qui a sévi en Californie dans les années 1970. — FBI/POLICE

De notre correspondant en Californie,

Il menait une vie sans histoire depuis une vingtaine d’années dans une banlieue tranquille de Sacramento. Quand il est sorti de chez lui, vers 16h00 mardi, des agents du FBI et plusieurs policiers se sont précipités pour lui passer les menottes. Joseph James DeAngelo, 72 ans, a semblé « extrêmement surpris », selon le shérif Scott Jones.

Cette fois, les autorités en sont persuadées : après 40 ans d’une chasse infructueuse et frustrante, elles tiennent bien le Golden State Killer, également connu sous le nom du East Area Rapist. Ce tueur et violeur en série particulièrement sadique, qui a sévi pendant 14 ans en Californie dans les années 1970-1980, est soupçonné d’avoir commis au moins 12 meurtres, 45 viols et plus de 100 cambriolages. DeAngelo, qui n’a pas encore avoué les faits, a dans l’immédiat été inculpé pour quatre meurtres.

« L’ADN a parlé »

« Nous avons trouvé l’aiguille dans la botte de foin. Et elle était ici, à Sacramento. L’ADN a parlé », a lancé la procureure de la capitale de la Californie, Anne Marie Schubert. Elle n’avait que 12 ans quand le East Area Rapist, le « violeur de l’Est », a commencé de sévir dans la région de Sacramento, avec des effractions, d’abord, et puis les premiers viols, en 1974.

Une cagoule de ski sur la tête, il ciblait les femmes seules ou les couples, forçant les femmes à ligoter leur mari sous la menace d’un couteau ou d’une arme à feu. Il empilait parfois des assiettes sur le dos des hommes, menaçant de les tuer au moindre bruit, et violait les femmes dans une autre pièce. Comme le « Zodiac killer », le violeur a joué au chat et à la souris avec les autorités, laissant des messages téléphoniques à la police ou à ses futures victimes. Dans cet enregistrement de 1977 publié par le FBI, on l’entend respirer bruyamment puis répéter : « Je vais te tuer, je vais te tuer, je vais te tuer, sale pute »

L’enquête étant toujours en cours, la procureure n’a pas donné de détail sur les preuves ADN. Interrogé par plusieurs journalistes après la conférence de presse, le shérif Scott Jones a expliqué que les autorités ont obtenu un échantillon il y a six jours qui les a menés à Joseph DeAngelo. « L’ADN était similaire. Je ne peux pas dire qu’il appartenait à quelqu’un de sa famille mais il y avait des caractéristiques communes. » Après avoir éliminé des « dizaines de personnes », la police est remontée jusqu’à DeAngelo et a surveillé sa maison. Les enquêteurs ont ensuite récupéré un échantillon ADN – sans doute via un objet prélevé dans ses poubelles. « On tient notre homme », assure le shérif.

Un ancien policier

Après une série de viols, le East Area rapist est soupçonné d’avoir tué ses premières victimes, Bryan et Katie Maggiore, abattus par balles en pleine rue à l’Est de Sacramento en 1978. Il aurait ensuite sévi dans la baie de San Francisco, jusqu’au sud de la Californie, à Orange County, tuant au total au moins 12 personnes. C’est notamment pour les meurtres de Lyman et Charlene Smith, dont le crâne a été fracassé à coups de bûches de cheminée, en 1980, que Joseph James DeAngelo a été inculpé mercredi.

Pendant longtemps, les enquêteurs ont cru que tous ces crimes avaient été commis par deux ou trois personnes différentes, car le mode opératoire a changé au fil des années. Mais en 2001, avec les progrès des analyses ADN, ils ont acquis la certitude que les toutes les affaires sont liées au même homme : le Golden State Killer. Et la procureure l’a juré, elle prouvera lors d’un procès qu’il s’agit bien de Joseph James DeAngelo.

Comment le meurtrier présumé a-t-il pu échapper aux officiers d’une dizaine de comtés californiens et aux agents du FBI pendant 40 ans ? Peut-être car DeAngelo est, lui-même, un ancien policier. Il a été employé dans deux districts près de Sacramento entre 1973 et 1979, avant d’être licencié pour avoir volé un marteau et un spray répulsif anti-chien dans une boutique de bricolage.

« Il est temps de respirer »

Une chose est sûre, les familles des victimes n’y croyaient plus. « Il est temps pour les victimes [des viols] de respirer », a soufflé Bruce Harrington, la voix tremblante. Son frère et sa belle-sœur font partie des victimes du Golden State killer. 37 ans après, il va pouvoir « faire [son] deuil ».

Obsédée par l’affaire, la journaliste Michelle McNamara, qui a narré sa chasse infructueuse dans le livre I’ll be gone in the dark, n’aura pas cette chance : elle est décédée il y a deux ans. Son compagnon, l’acteur Patt Oswalt, a réagi sur Twitter : « Je crois que tu l’as eu, Michelle. »