SLATE

Légalisons la viande de chien

Faut-il autoriser les gens à manger du chien....

C’est bizarre, mais je me sens obligé de dire quelque chose à propos de cette histoire de viande de chien.

Non, je ne parle pas de nourriture pour chiens. J’aurais préféré. Je parle de fabriquer de la nourriture à base de chien – et de la servir à des gens.

Oui, c’est possible. Ca fait longtemps que ça existe. La première fois que j’ai écrit un article à ce sujet, c’était il y a 6 ans, quand la Corée du Sud a accueilli la Coupe du monde de football. (C’était juste après avoir écrit un papier sur ceux qui ont des relations sexuelles avec les chiens.) Dans ce pays, selon les dernières estimations, on mange 2 à 4 millions de chiens chaque année. Et voici les dernières nouvelles, tirées de l’AFP:

«Des inspections sanitaires
vont être lancées pour la premières fois à Séoul, la capitale de la Corée du Sud, dans des restaurants qui vendent illégalement de la viande de chien. «Notre but n’est pas de sanctionner la vente de cette viande mais d’examiner les conditions sanitaires», a déclaré à l’AFP un responsable de la sécurité alimentaire. La ville va procéder à des contrôles, rendre publique une liste de restaurants qui servent de la viande de chien impropre à la consommation et suspendre leur exploitation, a-t-il ajouté. De tels restaurants sont, en théorie, illégaux.

Pour éviter toute mauvaise publicité avant les Jeux Olympiques de 1988, la ville avait interdit la viande de chien et de serpent, alors qualifiée de nourriture «exécrable». Mais cette interdiction est désormais largement ignorée.

«Beaucoup de citoyens consomment de la viande de chiens malgré la loi. Mais il n’y a plus de règles d’hygiène pour leur abattage et leur commerce, parce que les chiens ne sont plus classés comme bétail», explique ce responsable. La ville a proposé de requalifier les chiens comme bétail, pour pouvoir instaurer des normes sanitaires. Mais cette proposition, qui sera envoyée au gouvernement central le mois prochain, a provoqué la colère des associations de protection des animaux. Ils ont manifesté et ont lancé des pétitions en ligne.»

Je dois avouer que je suis bien embêté. Je vous explique. Pour ne pas froisser les susceptibilités occidentales, les Coréens ont officiellement banni la viande de chien. Mais ils n’appliquent pas cette règle, probablement parce qu’ils ne partagent pas notre dégoût pour la pratique. Pourquoi le devraient-ils ? Pourquoi serait-ce dégoûtant de manger des chiens mais correct d’abattre des cochons qui sont, selon nombre d’études, plus malins? Tout a donc commencé avec un bon mélange d’irrationalité et d’hypocrisie.

Et maintenant, on se retrouve avec un problème de santé sur les bras ! Selon l’article, «l’abattage des chiens coréens et la transformation de la viande a lieu dans un environnement sale et cela pose des problèmes sanitaires pour les consommateurs». Pourquoi dans des endroits sales? Apparemment parce que l’interdiction officielle empêche le gouvernement de classifier les chiens comme bétail, donc il ne peut pas contrôler leur abattage et leur transformation, comme il le fait pour les cochons.

Que font les associations de protection des animaux? Elles essaient d’empêcher la reclassification – en bref: elles contribuent à perpétuer ces risques pour la santé humaine.

D’habitude, j’ai un faible pour les droits des animaux. Pas seulement quand il s’agit d’adopter des chiots, mais surtout quand il s’agit de reconnaître les animaux les plus avancés comme bien plus intelligents que ce qu’on pense généralement. J’ai toute une collection de reportages sur ces trucs de fous que les animaux peuvent faire. Voici un exemple trivial de cette semaine, et un exemple plus sérieux dont j’ai parlé la semaine passée. Si nous avons sous-estimé les animaux, c’est tout simplement parce que nous nous sommes surestimés. On ne les a pas étudiés avec suffisamment d’attention. Quand on s’y met, on n’arrête pas de leur découvrir de «nouvelles» capacités.

Les conservateurs qui revendiquent une distinction binaire entre la dignité humaine et le statut d’animal vont avoir de sacrés chocs quand la recherche va progresser. Et pour les autres, je suis désolé de vous dire que l’habitude que vous avez – et je suis aussi concerné – d’abattre et de manger des animaux sensibles va progressivement être considérée, s’il plaît à Dieu, comme www.slate.com/id/2142547/

Voilà donc ma position un peu gaucho sur la viande. Mais j’ai bien peur que ça ne me mène pas à la même conclusion que le lobby pro-animal coréen. Si les chiens ne sont pas meilleurs que les cochons, je ne vois pas pourquoi on conserverait la distinction actuelle, si hypocrite, surtout si c’est aux dépens de la santé humaine.

Le débat coréen titille aussi mon pragmatisme libertaire. L’une des raisons pour lesquelles je suis contre l’interdiction de l’avortement, c’est que des avortements auront lieu de toute façon. Ils seront juste plus dangereux. Interdire l’avortement, c’est provoquer beaucoup de mal et de souffrance en poussant les gens à avorter clandestinement. Je suis pour que tout cela se fasse au grand jour. Je voudrais croire que si une pratique s’avère immorale et inutile, elle finira par s’éteindre d’elle-même. Dans le cas de l’avortement, les dernières statistiques semblent conforter cette idée.

En conclusion, je me prononce pour:
1) se débarrasser de cette distinction hypocrite entre les chiens et le bétail;
2) légaliser et contrôler la viande de chien comme n’importe quelle autre viande;
3) persuader progressivement tout le monde, y compris nous, pieux occidentaux, d’arrêter de manger de la viande.

Posté mardi 15 avril sur Slate