VIDEO. Pourquoi la Corée du Nord annonce mettre fin à ses essais nucléaires

GEOPOLITIQUE Le régime de Kim Jong-un estime avoir atteint ses objectifs et s’offre du répit vis-à-vis de la communauté internationale…

O. P.-V. (avec AFP)
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En Corée du Nord le 21 avril 2018, lors de l'annonce de la fin des essais nucléaires.
En Corée du Nord le 21 avril 2018, lors de l'annonce de la fin des essais nucléaires. — Cha Song Ho/AP/SIPA
  • La Corée du Nord a annoncé ce samedi la fin de ses essais nucléaires, avant le sommet prévu entre Kim Jong-un et Donald Trump.
  • Selon plusieurs spécialistes, le leader nord-coréen a pris cette décision car il estime que son programme nucléaire est arrivé au terme de son développement.

Fini les essais. Le leader de la Corée du Nord Kim Jong-un a annoncé ce samedi la fin des tests nucléaires et balistiques de son régime. La nouvelle est spectaculaire, d’autant qu’elle intervient unilatéralement, en amont du sommet prévu le 27 avril entre le président sud-coréen Moon Jae-in et le chef nord-coréen. Kim Jong-un doit également rencontrer le président américain Donald Trump entre fin mai et début juin.

Pourquoi cette annonce avant même le début des discussions officielles ? Selon plusieurs spécialistes de la politique nord-coréenne, il n’y a pourtant pas de surprise : « La bonne nouvelle, c’est que le régime a choisi de lui-même d’arrêter ses essais. La mauvaise, c’est qu’il n‘a donc plus besoin de faire d’essai », explique Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, et enseignant à Sciences Po.

« Gros progrès ! »

Kim Jong-un n’a pas vraiment fait un pas vers la dénucléarisation du monde en expliquant ce samedi que l’arme atomique est « la ferme garantie que nos descendants pourront jouir de la vie la plus digne et heureuse du monde ». Mais les appareils diplomatiques se sont malgré tout félicités de la nouvelle.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois a déclaré que « la décision va aider à apaiser la situation dans la péninsule coréenne et faire avancer le processus de dénucléarisation ainsi que les efforts en vue d’une solution politique ». L’Union européenne a salué « une étape positive », la Corée du Sud a parlé de « progrès significatif » et Donald Trump, dans un tweet, de « gros progrès ! ».

Pour le leader américain, « c’est une victoire politique », estime Antoine Bondaz. Des analystes interrogés par l’AFP estiment que le dirigeant nord-coréen a été ébranlé par la rhétorique belliqueuse de l’administration Trump, tandis que les sanctions ont un impact croissant sur l’économie nord-coréenne, selon des diplomates.

« Pas une stratégie pour se dénucléariser »

Réclamée depuis longtemps par Washington, l’annonce de la fin des essais sera perçue comme une marque de confiance à un peu plus d’un mois du sommet. La Corée du Nord est « désireuse de faire en sorte que le sommet ait lieu et, s’il échoue, de montrer qu’elle peut être raisonnable », estime Jon Wolfsthal, directeur du Nuclear Crisis Group.

Le régime « continue de mener l’agenda international ; ayant fini le développement de son arsenal, il ne va pas s’en débarrasser demain. Le but de la Corée du Nord est de maintenir un statu quo : en apaisant les tensions, il évite que la pression s’accroisse sur le régime pour se concentrer sur l’économie, tout en conservant ses capacités nucléaires. Ce n’est pas une stratégie pour se dénucléariser », note le chercheur français.

Une garantie de transparence ?

Il faudrait pour cela que Kim Jong-un annonce un gel du programme dans son ensemble, avant un hypothétique début de démantèlement. Inimaginable pour l’instant, alors que la Corée du Nord vient peut-être d’atteindre son objectif d’être une puissance nucléaire. Le leader du pays l’avait proclamé lorsque son dernier essai nucléaire, en septembre 2017, avait dégagé une énergie de 250 kilotonnes, 16 fois la bombe qui a rasé Hiroshima en 1945.

Dans l’attente des rencontres internationales, « il a renforcé sa légitimité en interne. Il l’avait dit dans l’éditorial du Nouvel an : la partie de développement est finalisée, maintenant il faut produire les missiles et les bombes », rappelle le professeur à Sciences Po. A noter que le pays a montré son intention de « garantir de manière transparente » la fin des tests, note David Albright, un expert de l’Institute for Science and International Security. « La transparence, si elle est sincère, constitue une concession déterminante ».

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