Corée du Nord: L’épouse de Kim Jong-un promue «Première dame respectée»

COREE DU NORD Pour les experts, il s’agit d’un moyen pour le pays de ressembler à un « Etat normal »…

M.C. avec AFP
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Kim Jong-un et son épouse Ri Sol-ju en 2012.
Kim Jong-un et son épouse Ri Sol-ju en 2012. — KNS / KCNA / AFP

Pour célébrer son entrée dans la diplomatie mondiale, la Corée du Nord se dote d’une Première dame. Le dirigeant Kim Jong-un a décerné ce titre à son épouse Ri Sol-ju, une notable montée en grade avant deux sommets successifs avec la Corée du Sud et les Etats-Unis, soulignent les analystes.

Ri Sol-ju, qui accompagne souvent son mari lors d’événements officiels, a fait sa première apparition publique en solo pour assister au ballet d’une troupe chinoise. Les médias officiels nord-coréens ont relaté cette sortie en qualifiant Ri de « Première dame respectée ». C’est la première fois en 40 ans que cette formule est utilisée, accompagnée en outre d’un adjectif d’ordinaire réservé aux dirigeants.

Le même titre que Melania Trump

Figure élégante vêtue pour l’occasion d’un ensemble rose, Ri était accompagnée des hauts responsables nord-coréens qu’on voit souvent aux côtés de Kim Jong-un, dont sa sœur cadette Yo-jong.

Cette ancienne chanteuse est considérée par les spécialistes comme une femme d’influence, mais jouait jusque-là le rôle limité de l’épouse chic du leader d’une Corée du Nord profondément patriarcale. D’après les analystes, il est vraisemblable que sa prise de galons participe des efforts du pays pour ressembler à un « Etat normal » avant les sommets avec le président sud-coréen Moon Jae-in et son homologue américain Donald Trump.

C’est aussi lui attribuer le même titre que leurs épouses Kim Jung-sook et Melania. « La promotion de Ri Sol-ju, c’est la stratégie marketing la plus efficace », commente An Chan-il, transfuge nord-coréen et chercheur à l’Institut mondial des études nord-coréennes. « Le sommet aura lieu entre égaux, si Melania Trump est présente, Ri sera présente », explique le chercheur. Il relève qu’elle a accompagné son époux à Pékin le mois dernier pour sa première visite à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir fin 2011.

Les médias officiels qualifiaient jusque-là Ri de « camarade ». L’appellation « Première dame » avait été réservée la dernière fois à Kim Song-ae, la seconde épouse du fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-sung, en 1974.

La mère de Kim Jong-un était marginalisée

Le personnage de Ri reste relativement mystérieux. Elle aurait 29 ans et aurait eu trois enfants, dont au moins une fille, avec son mari. Selon le renseignement sud-coréen, elle est issue d’une famille ordinaire, d’un père enseignant et d’une mère médecin.

Ancienne membre de l’orchestre Unhasu, elle a poursuivi d’après la presse des études musicales en Chine. Elle était de l’escouade de pom-pom girls dépêchée au Sud en 2005 pour une compétition sportive internationale.

Dans ce pays miné par une pauvreté chronique, elle est connue pour son goût pour la mode et porte des vêtements de luxe. Elle a été vue avec au bras ce qui ressemblait à un sac Christian Dior.

Certains analystes pensent également que Kim Jong-un a souhaité renforcer son statut à cause de la marginalisation de sa propre mère, Ko Yong-hui. Coréenne du Japon, celle-ci avait eu trois enfants avec le père et prédécesseur de Kim Jong-un, Kim Jong-il. Mais durant ses 28 années de mariage, elle fut reléguée en coulisses. Elle est morte en 2004, d’un cancer du sein selon la presse. Elle était soignée à Paris et sa dépouille avait été rapatriée en secret à Pyongyang. Ce n’est qu’en 2012 qu’elle a eu droit à une tombe, après l’arrivée de Kim au pouvoir.

Kim Jong-un souvent accompagné par les femmes de sa vie

« Je crois que le traumatisme de Kim, d’avoir vu sa mère vivre dans l’ombre est un facteur », juge Shin Beom-chul, analyste à l’Institut Asan pour les études politiques. « Cela a pu le motiver pour rehausser le statut de sa femme ».

A la différence de son père et de son grand-père, Kim Jong-un est souvent accompagné par les femmes de sa vie, essentiellement Ri et Yo-jong. Par le passé, on voyait rarement en public les épouses ou les sœurs des dirigeants.

Lors d’une rencontre avec une délégation sud-coréenne à Pyongyang, Ri a parlé de « son mari » pour évoquer le numéro un. Elle a gloussé et applaudi quand un Sud-Coréen a suggéré qu’il arrête de fumer, selon le quotidien japonais Asahi Shimbun.