Le Japon, grand oublié des «dialogues» nord-coréens

COREE DU NORD Malgré ses tentatives pour se rapprocher de Donald Trump, le Premier ministre japonais s'est retrouvé à l'écart sur le dossier nord-coréen...

M.C. avec AFP

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Donald Trump et le Premier ministre Shinzo Abe à Kawagoe, près de Tokyo, le 5 novembre 2017.
Donald Trump et le Premier ministre Shinzo Abe à Kawagoe, près de Tokyo, le 5 novembre 2017. — Andrew Harnik/AP/SIPA

La situation a bien changé depuis novembre 2016, quand Shinzo Abe avait été le premier à se précipiter à New York pour rencontrer Donald Trump, tout juste élu. Un an plus tard, les deux grands amateurs de golf s’étaient retrouvés sur le green à Tokyo, semblant filer le plus grand amour en enfilant des hamburgers.

Peu de dirigeants ont courtisé le dirigeant américain avec autant d’assiduité que le Premier ministre nippon, mais aujourd’hui, le Japon se retrouve avec plusieurs pas de retard dans le ballet diplomatique en cours sur la Corée du Nord. Pour tenter de revenir dans le « game », Shinzo Abe se rend mardi aux Etats-Unis, où il tentera de tirer un parti diplomatique de la relation privilégiée qu’il s’est efforcé de construire avec Donald Trump.

« En termes de processus, il est hors du coup »

Le Japon avait été pris de court lorsque Donald Trump avait fait annoncer par Chung Eui-yong, conseiller national sud-coréen à la Sécurité, le 8 mars devant la Maison Blanche, que le 45e président des Etats-Unis avait accepté l’invitation du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à le rencontrer.

Depuis, Kim Jong-un a vu le président chinois Xi Jinping et un sommet est prévu avec la Corée du Sud, outre sa rencontre annoncée avec le président américain. Tokyo reste en marge. Le Japon est pourtant dans la ligne de mire des menaces de la Corée du Nord qui a fait voler deux missiles au-dessus de son territoire et a parlé de le faire « couler ».

« Si l’image d’Abe au Japon a bénéficié » de ses efforts pour s’attirer les bonnes grâces de Trump, « ceux-ci n’ont pas produit suffisamment d’effets », résume Rieko Nakabayashi, ancienne parlementaire et spécialiste des questions américano-japonaises à l’Université Waseda de Tokyo.

« Pour Abe il est important de montrer que sa stratégie qui a été de coller à Trump produit des résultats. En termes de processus il est hors du coup, c’est très déstabilisant pour le Japon. Mais la machine se remet en route », note une source diplomatique occidentale.

La question des Japonais enlevés risque d’être encore oubliée

Le ministre japonais des Affaires étrangères Taro Kono a effectué une rare visite à Séoul ce mois-ci pour essayer d’obtenir que des questions chères au Japon figurent à l’ordre du jour des discussions entre les deux Corées.

Le Japon peut craindre que l’attention se concentre sur les missiles intercontinentaux développés par la Corée du Nord et qui menacent les Etats-Unis, mettant au second plan ceux de courte et moyenne portée susceptibles d’attendre l’archipel nippon. Shinzo Abe devrait chercher l’assurance de l’engagement américain envers la sécurité des alliés d’Asie du Nord-Est, Corée du Sud et Japon, et du maintien du « bouclier nucléaire » en place depuis des décennies.

Le Premier ministre insiste également pour que la question des ressortissants japonais enlevés par la Corée du Nord dans les années 1970 et 1980 soit aussi sur la table des échanges avec Pyongyang, ce que la plupart des analystes estiment peu probable. Donald Trump « a rencontré des membres des familles des enlevés et a été très ému par leurs témoignages », a cependant déclaré le haut responsable de l’administration américaine.

 

 

La situation en Syrie où les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé des frappes ciblées contre le régime de Bachar al-Assad samedi pourrait éclipser les discussions nippo-américaines. Tokyo « soutient la détermination » des trois pays contre l’arme chimique, a réagi samedi Shinzo Abe.