Lyon: Handicap international fête ses 35 ans, qu'est-ce qui a changé depuis sa création?

SOLIDARITE L’ONG lyonnaise, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1997, fêtera mercredi ses 35 ans…

Caroline Girardon
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Manuel Patrouillard, le directeur général d'Handicap International ici en Colombie. L'ONG lyonnaise fête ses 35 ans.
Manuel Patrouillard, le directeur général d'Handicap International ici en Colombie. L'ONG lyonnaise fête ses 35 ans. — Handicap International
  • Handicap International, fondé par deux médecins lyonnais après leur séjour au Cambodge, fête ses 35 ans.
  • L’occasion de revenir sur les missions de l’ONG, spécialisée dans l’urgence et le déminage.
  • Aujourd’hui, plus de 90 % des bombardements concernent des civils.

L’idée est partie d’un énorme coup de gueule de deux Lyonnais. Deux médecins, Jean-Baptiste Richardier et Claude Simmonot, envoyés au Cambodge pour soigner le peuple khmer. Le manque d’aide apportée aux victimes des mines antipersonnel, les scandalise. Impuissants, ils voient les personnes mutilées se confectionner elles-mêmes des prothèses avec des emballages d’obus martelés et recouverts de chiffons. L’idée de créer Handicap international est née. Elle se concrétisera en 1982.

Trente-cinq ans plus tard, l’association lyonnaise, qui fêtera mercredi son anniversaire, est encore de tous les combats : en Syrie, au Yémen, à Mossoul en Irak, en Libye et en Colombie. Son credo : « Soigner les maux de la guerre et des catastrophes naturelles ».



Menant 341 projets à travers le monde, elle a été désignée en 2017 comme la huitième ONG la plus influente au monde. Mais manque encore de notoriété malgré le prix Nobel de la paix qui lui a été décerné en 1997. « Paradoxalement, nous ne sommes pas suffisamment connus. On peut faire mieux », déclare Manuel Patrouillard, le directeur général.

« Quand les territoires sont minés, vous êtes obligés de vous recroqueviller »

Handicap International est pourtant l’un des acteurs majeurs de l’urgence et du déminage dans une dizaine de pays. « Notre action ne consiste pas à déminer les autoroutes ou les aéroports mais bien d’aider les villages pour qu’ils développent l’agriculture, l’élevage, poursuit l’homme. Quand les territoires sont minés, vous ne pouvez plus cultiver, ni avoir de bétail et faire du commerce avec d’autres villages. Les routes sont interdites et vous êtes obligés de vous recroqueviller ».

L’un des objectifs est ainsi d’aider les communautés à « réinventer un développement économique » afin d’éviter des exodes massifs. « On est aujourd’hui en présence de multiples conflits qui ne se résolvent pas dans le temps. Il y a les anciens qui perdurent et les nouveaux qui s’ajoutent », constate Manuel Patrouillard. Résultat : le nombre de réfugiés a explosé : 65 millions aujourd'hui, contre 50 millions lors de la deuxième guerre mondiale, qui était pourtant le « chiffre le plus élevé de l’histoire ». « Ce chiffre avait fini par baisser mais la tendance s’est considérablement accélérée ces dix dernières années ».

Comme le nombre de personnes tuées ou blessés par les mines antipersonnel. Plus 150 % entre 2013 et 2016. « Un retour en arrière inacceptable » selon l’association. « Nous devons rappeler sans relâche que la guerre ne justifie pas tout. Des règles internationales existent ». Comme le traité d’Ottawa et la Convention d’Oslo qui interdisent les armes à sous-munition. Mais le constat est implacable.

Plus de 90 % des bombardements concernent des civils

« Aujourd’hui, 92 à 97 % des bombardements concernent désormais des civils », poursuit Manuel Patrouillard. Contre 66 % lors de la seconde guerre mondiale et 5 % entre 1914 et 1918. « Il est de la responsabilité de tous les États de défendre ces règles, de les appliquer et de les faire appliquer », appuie l’ONG sur son site internet.

Si l’Afghanistan et la Colombie arrivent en tête des pays les plus minés, la Syrie connaît une situation très délicate. « Les gravats recèlent beaucoup d’engins explosifs. Daesh a tout miné : les cadavres, les réfrigérateurs, les jouets des enfants », précise Manuel Patrouillard. Et de conclure : « la réoccupation de ses espaces va être très lente et très dangereuse ».