VIDEO. Brésil: Splendeur et décadence de Lula, ex-président emprisonné

BRESIL Retour sur un destin hors du commun, celui de Lula, enfant pauvre devenu président du Brésil rattrapé par un scandale de corruption...

O. G. avec AFP

— 

Lula a été acclamé par ses partisans samedi  le siège du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo après sa condamnation.
Lula a été acclamé par ses partisans samedi le siège du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo après sa condamnation. — Hedeson Alves/EFE/SIPA
  • Lula Da Silva, président du Brésil de 2003 à 2011 a vécu la semaine dernière une véritable descente aux enfers. 
  • Condamné à douze ans de prison, il a été emprisonné samedi soir, après un recombolesque suspens au tribunal comme à son QG où il s'est retranché.
  • Enfant pauvre du Nordeste, la success-story de ce tribun hors pair agace et fascine dans un pays très divisé à son sujet.

Comment une réussite fantastique se transforme en descente aux enfers? Lula Da Silva, ancien président brésilien, a passé sa première nuit en prison samedi. En une semaine, le destin de l’ancien enfant chéri du Brésil, et avec lui de tout le pays a basculé. Condamné à douze ans et un mois de prison, comment celui qui espérait retrouver le pouvoir est passé du statut d’enfant pauvre du Nordeste en prisonnier accusé de corruption en passant par la case présidence ?

Pourquoi Lula est en prison ?

Lula a été condamné à douze ans et un mois de prison pour avoir reçu un triplex en bord de mer de la part d’une entreprise du BTP en échange de faveurs dans l’obtention de marchés publics. Le poids lourd de la gauche est également sous le coup de six autres procédures judiciaires. Mais l’intéressé nie farouchement ces accusations, invoquant l’absence de preuves et dénonçant un complot visant à l’empêcher de se présenter à la présidentielle. A la tribune samedi, Lula a réaffirmé son innocence et s’est décrit comme un « citoyen outré ».

Cireur de chaussures

Luiz Inacio Lula da Silva, 72 ans, a connu la faim, mais il est parvenu à se hisser au sommet de l’Etat. Rien ne prédisposait à un tel destin ce cadet d’une fratrie de huit enfants, né le 6 octobre 1945 dans une famille d’agriculteurs pauvres du Pernambouc (nord-est). Un père qui abandonne sa nombreuse marmaille, une mère courage qu’il prend pour modèle, l’enfant débrouillard multiplie les petits boulots pour aider à nourrir la famille. Il arpente les rues pour cirer des chaussures, devient vendeur ambulant puis ouvrier métallurgiste à 14 ans. Un accident du travail lui coûte son auriculaire gauche. A 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes et en devient le président en 1975. Il conduit les grandes grèves de la fin des années 1970, en pleine dictature militaire (1964-1985).

Lula président

Fondateur du Parti des Travailleurs (PT) au début des années 80, Lula se présente à l’élection présidentielle en 1989, 1994, 1998. Il échoue trois fois. Mais la quatrième tentative, en 2002, sera la bonne. Le 1er janvier 2003, celui qu’on ne nomme plus que Lula, devient le premier président brésilien de gauche. Et soulève un immense espoir dans ce grand pays d’Amérique latine.

Premier chef de l’Etat brésilien issu de la classe ouvrière, il a mis en oeuvre d’ambitieux programmes sociaux, en bénéficiant des années de croissance portées par le boom des matières premières. Résultat ? Sous ses deux mandats (2003-2010), près de 30 millions de Brésiliens sont sortis de la misère.

Des échecs politiques et personnels

Mais la success-story dévoile aussi quelques failles. En octobre 2011, il a souffert d’un cancer du larynx après son départ du pouvoir. Une maladie désormais derrière lui. Sa tentative de retour aux affaires en tant que ministre de sa dauphine, Dilma Rousseff, en mars 2016 avait également été un échec. Pire, sa dauphine, Dilma Rousseff a été destituée la même année pour maquillage des comptes publics.

En février 2017, Lula a dû affronter une épreuve intime avec la mort de son épouse, Marisa Leticia Rocco, son premier soutien durant 40 ans de lutte. Il a d’ailleurs rendu hommage à sa compagne samedi, entouré de milliers de militants de gauche au siège d’un syndicat de métallurgistes où il était retranché.

Corruption et popularité

Même s’il a été rattrapé par les méandres du plus grand scandale de corruption de l’histoire du Brésil, Lula reste perçu comme « près du peuple » et dispose encore d’un réservoir de voix considérable, notamment dans les régions pauvres du nord-est, dont il est originaire. Il faut rappeler que, fait rare, il avait terminé son second mandat avec un taux de popularité de 87 %. Mais, paradoxe, Lula est aussi clairement détesté par une partie des Brésiliens. Sa personnalité scinde le pays encore aujourd’hui. Les images chocs de samedi en attestent : si dans son QG une foule de ses partisans acclamait le tribun aux cris « ne te livre pas » ou « Lula libre ! », à Curitiba, ses opposants réclament son incarcération avec véhémence. 

Cette condamnation signe-t-elle la fin de Lula ?

Lula, 72 ans, n’avait pas prévu un tel dénouement à sa longue carrière politique. Et comptait reconquérir le pouvoir lors des élections présidentielles d’octobre prochain. La chute est d’autant plus vertigineuse qu’il était donné en tête des intentions de vote, huit ans après son départ avec un taux de popularité record. Situation ubuesque : Lula pourra faire campagne derrière les barreaux. La loi de « Ficha Limpa » (casier propre) le rend en théorie inéligible au vu de sa condamnation en appel. Mais sa candidature ne sera analysée formellement qu’en septembre par la justice électorale et ses avocats ont l’intention de multiplier les recours d’ici là.

Et le Parti des Travailleurs a déjà organisé la riposte. « Le peuple brésilien a le droit de voter pour Lula, le candidat de l’espérance. Sa candidature sera défendue dans les rues et dans toutes les instances, jusqu’aux dernières conséquences », a prévenu sur Twitter le PT, quelques minutes après la décision de la Cour suprême mercredi dernier.