L'association Survie demande à Emmanuel Macron de reconnaître l'implication de la France dans le génocide rwandais

MASSACRES Un membre de l’association déguisé en facteur a symboliquement déposé une caisse d’armes devant le ministère de la Défense à Paris…

20 Minutes avec AFP

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Deux membres de l'association Survie portent une caisse d'armes factice, le 5 avril 2018.
Deux membres de l'association Survie portent une caisse d'armes factice, le 5 avril 2018. — BERTRAND GUAY / AFP

Une caisse d’armes renvoyée à l’expéditeur, comme un symbole. Par cette mise en scène, l’association Survie demandé ce jeudi au président Emmanuel Macron de « reconnaître enfin la responsabilité de la France » dans le génocide de 1994 au Rwanda.

Déguisé en facteur, c’est Thomas Borrel, membre de Survie, qui a déposé cette caisse d’armes factices devant le ministère de la défense. « On demande à Emmanuel Macron de reconnaître officiellement que la France a soutenu le régime génocidaire, avant, pendant et après les massacres », a-t-il déclaré.

« Qu’on n’attende pas 50 ans comme pour la reconnaissance de la déportation des juifs », a ajouté François Graner, un chercheur de cette association qui lutte depuis des années contre la « Françafrique », terme désignant un mélange de corruption, collusion et paternalisme dans les relations de la France avec ses anciennes colonies.

De « graves erreurs d’appréciation », avait reconnu Sarkozy

« Le soutien de la France a été politique, médiatique, diplomatique et surtout militaire. Or, le plus visible dans le soutien militaire, ça a été la livraison d’armes au gouvernement du génocide », a-t-il affirmé, en marge de cette action menée devant le ministère des Armées de l’époque, rue Saint-Dominique à Paris.

Selon l’ONU, environ 800.000 personnes, principalement au sein de la minorité tutsi, ont été tuées en trois mois au cours des massacres déclenchés au lendemain de l’attentat qui a coûté la vie au président hutu Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994.

Le président rwandais Paul Kagame, arrivé au pouvoir après le génocide, accuse les autorités françaises d’avoir soutenu le pouvoir hutu et d’avoir été un acteur des tueries. Paris a toujours catégoriquement démenti toute implication dans les massacres. En 2010, le président français Nicolas Sarkozy a reconnu lors d’un déplacement à Kigali de « graves erreurs d’appréciation » de Paris, qui a soutenu jusqu’au bout le régime du président hutu Juvénal Habyarimana, et une « forme d’aveuglement », sans toutefois présenter d’excuses.

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