VIDEO. Japon: Le sumo critiqué pour son attitude envers les femmes, jugées «impures»

JAPON Des spectatrices qui administraient les premiers secours à un homme évanoui ont été invitées à quitter le ring, interdit aux femmes...

Mathias Cena

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Les femmes ont interdiction de fouler le «dohyo», podium en argile où s'affrontent les lutteurs.
Les femmes ont interdiction de fouler le «dohyo», podium en argile où s'affrontent les lutteurs. — M.CENA / 20 MINUTES

De notre correspondant à Tokyo,

Un nouveau coup dur pour le monde du sumo, qui cherche à faire oublier une succession de scandales apparemment sans fin. Des spectatrices ont reçu mercredi l’ordre de descendre du ring où s’affrontent les lutteurs et où les femmes ont normalement interdiction de monter, alors même qu’elles avaient accouru pour porter les premiers secours à un homme évanoui. Critiquée de toutes parts pour cette réaction jugée irresponsable, la fédération de sumo a présenté ses excuses.

L’incident s’est produit mercredi après-midi à Maizuru, à une centaine de kilomètres de Kyoto (ouest du Japon), pendant une tournée en province des lutteurs de sumo, qui entre les tournois ont l’habitude de parcourir le pays à la rencontre du public. Le maire de la ville a été victime d’un malaise alors qu’il prononçait un discours de bienvenue sur le dohyo, la plate-forme d’argile où ont lieu les combats.

Les images filmées par des spectateurs et diffusées par les chaînes de télévision japonaises montrent une première femme monter sur le dohyo, où plusieurs hommes entourent le maire allongé sur le sol. Après s’être frayé un passage, elle commence à lui administrer un massage cardiaque, assistée par une autre spectatrice. Alors qu’une troisième puis une quatrième femme montent à leur tour sur le dohyo, un arbitre au micro intime au moins trois fois de suite « aux femmes » l’ordre de « descendre du dohyo ».

« La tradition placée au-dessus de la vie d’un homme »

Alors que les jours du maire ne seraient pas en danger, selon la fédération de sumo, celle-ci a reçu sur Twitter plus de 500 commentaires, donc la plupart critiquent une réaction qui place « la tradition au-dessus de la vie d’un homme », une attitude jugée « déplorable » et « inhumaine ». Le sumo, discipline millénaire qui est à l’origine un ensemble de rites religieux destinés à assurer des récoltes abondantes, conserve de nombreux liens avec le culte shinto, qui considère que le contact avec la mort ou le sang, y compris issu des menstruations ou de l'accouchement, est une souillure. Les femmes ne sont pas autorisées à fouler le dohyo, considéré comme sacré.

« Autant interdire aux femmes d'assister aux combats aussi », s'énerve un internaute. D’autres notent que ces annonces au micro ont retardé l’administration des premiers soins, mettant en danger la vie du maire, et certains remettent en cause le droit du sumo à être appelé le « sport national japonais ».

Le président de la fédération de sumo a présenté ses excuses mercredi, reconnaissant une réaction « inappropriée » qu’il explique par « l’affolement » de l’arbitre. Cette nouvelle affaire ne risque cependant pas d’améliorer l’image d’un sport secoué récemment par un scandale de violence, qui a abouti à la démission d’un champion mongol, et par une affaire d’agression sexuelle. Les dernières semaines ont encore été marqués par de nouvelles révélations de violences entre lutteurs et par la démission d’un sumo égyptien à la suite d’un délit de conduite sans permis.