Pourquoi les auteurs de fusillade de masse ne sont presque jamais des femmes

SOCIETE L'attaque contre le siège de YouTube, mardi, reste une exception...

Philippe Berry
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Photo fournie par la police de San Bruno de Nasim Najafi Aghdam, suspectée d'être l'auteure de l'attaque armée au siège de YouTube, le 3 avril 2018.
Photo fournie par la police de San Bruno de Nasim Najafi Aghdam, suspectée d'être l'auteure de l'attaque armée au siège de YouTube, le 3 avril 2018. — POLICE

Selon la police, Nasim Najafi Aghdam a ouvert le feu au siège de YouTube avant de se suicider car elle était « en colère » contre la plateforme. Elle s’estimait lésée, affirmant que YouTube avait « filtré » et « discriminé » ses vidéos, plombant ainsi ses revenus. Aux Etats-Unis, les fusillades de masse sont monnaie courante mais elles ne sont presque jamais perpétrées par des femmes : sur 220 incidents analysés par le FBI entre 2000 et 2016, 211, ou 94 %, ont été commis par des hommes. Et on ne sait pas exactement pourquoi il y a un tel écart entre les sexes.

« Il y a de multiples facteurs biologiques, environnementaux et sociétaux », estime le sociologue Eric Madfis, de l’université de Washington Tacoma. Selon cet expert des tueries de masse, l’explication biologique reste cependant la moins convaincante : « Il semble y avoir un lien entre le niveau de testostérone et l’agressivité, mais c’est un problème de l’œuf et de la poule. Des recherches ont montré qu’un acte violent, chez les athlètes ou les militaires, peut faire grimper le taux de testostérone ».

« Crise de la masculinité »

Les auteurs de fusillades de masse partagent des caractéristiques communes. Ils sont souvent solitaires ou marginalisés, et éprouvent un sentiment de réjection ou d’échec, sentimental ou professionnel. Mais « les hommes ont tendance à exprimer leur frustration en cherchant un responsable extérieur alors que les femmes intériorisent et se sentent coupables. C’est notamment pour cette raison que davantage de femmes souffrent de dépression, d’anorexie ou s’automutilent », avance l’expert.

Les femmes, parfois, suivent un partenaire comme lors de la tuerie de San Bernardino. Mais pour le chercheur, le facteur le plus important dans cette disparité est « la crise de la masculinité ». « La culture américaine glorifie la masculinité. L’homme doit être un pourvoyeur, un protecteur. En cas d’échec, certains individus se tournent vers la violence. »

Accès aux armes

Un tiers des fusillades de masse mondiales (ici définies par la mort d’au moins quatre personnes, en excluant les incidents domestiques et liés à des gangs) ont eu lieu aux Etats-Unis depuis les années 60, selon une étude d’Adam Lankford, de l’université d’Alabama, alors que la population américaine représente 4,3 % de la population mondiale.

Selon Lankford, il y a une corrélation indéniable entre le nombre d’armes par habitant et le nombre de fusillades de masse. Les Etats-Unis, avec plus de 300 millions d’armes en circulation – soit près d’une par personne – ont le second taux le plus élevé de la planète pour les fusillades de masse, derrière le Yémen. L’accès aux armes joue également un rôle dans la disparité entre les sexes, selon Eric Madfis, alors qu’environ deux fois plus d’hommes que de femmes possèdent une arme à feu aux Etats-Unis.