Qui a la clé des Farc?

Armelle Le Goff

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Nouveau fiasco diplomatique dans l'affaire Betancourt. La mission humanitaire envoyée par la France, la Suisse et l'Espagne en Colombie pour lui venir en aide s'est vu opposer une fin de non-recevoir de la guérilla. Le Falcon positionné à Bogota depuis jeudi dernier est donc prêt à revenir à Paris. L'Elysée a exprimé sa «profonde déception». Et annoncé l'envoi de Bernard Kouchner «prochainement dans la région pour réévaluer la situation avec les dirigeants des pays les plus concernés». Paris «s'obstine» et poursuivra ses efforts, a affirmé hier le chef de la diplomatie.

Pas simple pourtant. «Les Farc ne vont pas libérer Ingrid Betancourt facilement, affirme Christian Gros, spécialiste de l'Amérique latine. C'est leur dernière carte.» La guérilla, qui existe depuis 1964, exige les zones de Pradera et Florida et la libération de 500 guérilleros détenus par le gouvernement colombien en échange de leurs otages politiques, dont Betancourt. Des exigences inacceptables pour le chef de l'Etat colombien, Alvaro Uribe. Depuis 2002 et l'enlèvement de la Franco-Colombienne, toutes les négociations achoppent sur ces questions. Aujourd'hui, elles se posent de façon d'autant plus accrue que les Farc sont en situation de grande fragilité - perte d'effectifs, revers militaires - et qu'elles ne négocieront que si elles sentent que des avancées sont possibles. «Elles espèrent qu'Hugo Chavez va revenir dans le jeu», analyse Daniel Pécaut, chercheur à l'Ehess. Le chef de l'Etat vénézuélien, qui a déjà obtenu la libération de six otages, semble être le seul à avoir accès à la guérilla. Même si, avec la disparition de Raul Reyes, le 2 mars dernier, il affirmait récemment avoir perdu tout contact.